dimanche 28 mai 2017

A Maulévrier, entre deux réalités...


... Et donc, n'oubliez surtout pas : rendez-vous à 23h15 à l'entrée du parc. Suivez bien les lueurs bleues pour la visite nocturne, nous ne voulons surtout pas d'accident.

Une nuit comme celle-ci était à ne pas rater. En effet, Gilles et un groupe de photographes s'étaient donné pour mission de faire des photos au parc de Maulévrier pour la première Nocturne de la saison.
Toutefois, quelque chose chiffonnait Gilles, alors qu'il prenait le chemin balisé de bleu.

Au-delà du chemin, en terrain non-autorisé, de l'autre côté des clôtures, il était possible de deviner d'étranges lueurs. Non pas les lueurs des éclairages installés ici et là pour ravir les visiteurs, mais d'étranges lumières flottantes, d'un rose orangé, des lumières qui circulaient à grande vitesse quelques secondes avant de s'évaporer près d'un des nombreux arbres de l'endroit.

Mais peu importe ! se dit Gilles. Cette nuit est une nuit de photo, rien d'autre. J'ai mieux à faire que d'enquêter. Il s'attela alors à faire ce qu'il était censé faire, posant son appareil sur un solide trépied, errant sur les chemins du parc japonais, à la quête de plans à photographier.

Hélas le parc est grand, en vérité, et rares sont les visiteurs en cette soirée sans lune.
Rata-t-il un embranchement ? Rêva-t-il au mauvais moment ? Y eut-t-il un dysfonctionnement électrique ? Toujours est-il que soudain, Gilles se rendit compte que les ténèbres l'entouraient.
A ses pieds, le contact d'un gazon fraîchement coupé lui indiquait qu'il devait certainement se situer non loin du chemin.
L'air était frais, mais pas glacial. Un frisson lui parcourut cependant l'échine.
Tendant l'oreille, Gilles entendit des murmures. Des murmures par centaines, comme une discrète cacophonie de chuchoteurs.
S'approchant de la source des chuchotis, un bruit humide se fit entendre, accompagné d'un froid saisissant au niveau du pied gauche. Gilles écarquilla alors un peu les yeux et vit à la lueur des étoiles une étendue d'eau comme il n'en avait jamais contemplé. Cette étendue semblait l'entourer. Il comprit alors qu'il était sur un îlot, au milieu de nulle part.

Les murmures s'intensifiaient dans son dos. Lentement, il se retourna, tétanisé par ce froid qui pénétrait en lui, ce froid non-atmosphérique, ce froid qui signalait des présences non-naturelles.
Des centaines de lueurs orangées flottaient devant lui.
Certaines se mirent à tourner  devant ses yeux, dans une macabre danse dont il était le centre.
Les lueurs s'intensifiaient, Gilles commençant à perdre le sens du haut et du bas, se tint fermement à son trépied. Toutes ces lumières tournaient de plus en plus vite, de plus en plus nombreuses, le froid commençait à percer son âme de part en part, en de milliers de morsures simultanées. Les murmures des damnés se firent pressants, violents, inquisiteurs, tortionnaires à mesure que tout devenait plus pâle.
Un rire givré, maléfique, cruel résonna à ses oreilles...
Gilles s'apprêtait à perdre conscience quand un contact chaud, moite et ferme embrasa son épaule et son corps, le faisant pivoter brutalement.


Monsieur ? Vous n'êtes pas sur le bon chemin, suivez-moi !

Un des gardiens du parc se tenait devant lui, une lanterne bleue à la main, le visage sévère et amical à la fois. Une vague de chaleur se répandait dans le corps de Gilles.


Venez, monsieur. Vous n'avez pas été prudents.

Quel est cet endroit ? Que s'est-il passé ?

Peu importe, monsieur, c'est fini. Contentez-vous de suivre le chemin. Vous voulez un verre d'eau ?


Je... Non... Mais ce que j'ai vu...

Nous vous avions pourtant bien dit de ne pas vous éloigner des lumières bleues...

mercredi 24 mai 2017

Le spectre d'une menace passée...


Quelle belle journée, ne trouves-tu pas Michèle ?
Avançant sur le chemin des perles, l'appareil photo autour du cou, un couple de jeunes retraités prenait le grand air sous un soleil éclatant. Autour d'eux les oiseaux chantaient, des vaches broutaient l'herbe dans les champs et de nombreuses fourmis s'activaient au sol, rapportant quelques centaines de pucerons...

Dire que l'instant que vivaient Michèle et son mari Bernard était idyllique serait peut-être mentir, cependant. La chaleur commençait à monter et la proximité du plan d'eau apportait son lot de moustiques, au grand dam des promeneurs.


C'était en effet une belle journée.

Le circuit de grande randonnée, serpentant entre les champs, les emmenait dans un de ces fameux chemins creux qui font la beauté du bocage normand, quand soudain, un étrange frisson parcourut le bas de leur échine.
Rien ne semblait avoir changé dans cette journée, et pourtant quelque chose ne tournait pas rond.

Bernard... Bernard. Tu entends ? Ce silence...



Un cri strident venu du bout du chemin, un cri assourdissant retentit alors, un cri comme venu d'outre-tombe.
Le silence, ce silence assourdissant, reprit.

De longues minutes passèrent.Bernard et Michèle, immobiles, inquiets, semblaient hésitants.


Un jeune homme paniqué surgit devant eux, se ruant vers eux, en hurlant :

Fuyez ! Fuyez pour vos vies ! Il est là ! Fuyez pour vos âmes !

M... Mais qui ? Qui ? Que ? Qu...Quoi ?

LE NAZGÛÛÛÛÛL !

mardi 16 mai 2017

Mise au point printanière...


Salut Gilles ! Ça fait longtemps que tu n'étais pas passé nous voir ! Comme d'habitude ?

Non, juste une grenadine. Theud Rik est là ?

Dans l'arrière-salle, à sa place habituelle. Mais tu n'es pas encore en train de nous préparer un été de feu, hein ?

J'ai mieux à faire, Helsing !

Allez, une grenadine pour le sieur Gilles. Il n'est pas là l'autre lutin ?

Eh ! Un peu de respect, Helsing ! Tu sais que tu parles au chef des lutins d'Ecouves, quand même ?

Oh, excuse-moi, Theud. B...Bon je vous laisse...

Quel lourdaud, celui-là. Quand il ne sert pas son jus de chaussette imbuvable, il s'amuse avec les succubes qui fréquentent son bar... Je me demande ce qui me retient de le signaler à la Brigade des Trolls. Passons. Quel est le but de ta visite, Gilles ?

J'ai... Un cas de conscience, Theud.

C'est à dire ?


Eh bien, tu sais, j'ai l'impression qu'Odin roule secrètement pour les divinités du Sud. Et qu'il m'a manipulé pour faire de moi son arme face à Njörd. Pour le coup, si Commode avait été tué l'hiver dernier, qui sait ce qui serait advenu de notre paix ?

Gilles, tu me sembles bien naïf. Évidemment qu'Odin roule pour les divinités du Sud. C'est même plutôt un moindre mal compte tenu de la personnalité de ses adversaires. Mais le Printemps est là, et il n'est pas près de disparaître. Grâce à toi, on a pu avoir un peu de répit. Et puis, tu connais les prophéties aussi bien que moi : la bataille entre le Nord et le Sud n'aura lieu qu'au temps du Ragnarok. On n'est pas rendus. D'ici à la fin des temps, ton rôle, notre rôle est de maintenir l'équilibre dans cette région. Quitte à effectivement nouer des alliances contre-nature ou trahir le camp qu'on avait servi l'année précédente.
Ce n'est pas important qu'il t'ait manipulé. Nous sommes tous les pantins des dieux. Et pourtant, sans nous, ce serait la guerre civile. Car il y a plus puissant que les dieux...


Plus puissant que les dieux ? Qu'y a-t-il de plus puissant qu'eux ? Je me demande bien.

Le Destin, Gilles, le Destin...

vendredi 12 mai 2017

Let us all unite !



Soleil de mes nuits
Lune de mes jours
Jeune étoile qui luit
Belle comète qui court...

Peu importe qui tu es
Et même ce que tu fais.
Peu importe ton âge
Et même ta rage...

Qui que tu sois
Peu importe ta foi
Ne crains pas l'avenir
Il nous faudra nous unir.

Comme le disait Chaplin,
Devant une nuit cristalline :
Let us fight for a world of reason !
A world where science and progress
Will lead to all men hapiness !

Let us all unite !

lundi 8 mai 2017

Plagiat ?


Qu'est-ce qu'un plagiat ?

Voilà la question que je me suis posée ces derniers temps. C'est une question vieille comme les arts, une question qui tourmente l'ensemble des artistes de tous poils depuis l'invention du droit d'auteur.

Des cohortes entières d'artistes se sont déjà plaintes que leur oeuvre se soit retrouvée singée par un vague tâcheron sans talent particulier, essayant d'imiter à bon compte son artiste favori afin d'en récupérer quelque gloriole.

Il faut toutefois se rappeler qu'il n'en fut pas toujours ainsi.
Des peintures célèbres comme La Dernière Cène du Christ se sont vues imitées, recopiées, dupliquées jusqu'à devenir des memes, des œuvres imprégnant l'inconscient collectif, et cela dès la Renaissance.

En vérité le rapport au droit d'auteur était très différent à ces époques; un auteur qui en copiait un autre rendait simplement hommage au génie de celui qu'il copiait, même si le destinataire de l'oeuvre plagiée n'en savait pas grand chose. Cela n'avait aucune importance puisque la notion de plagiat n'existait pour ainsi dire pas.

A notre époque, les choses sont bien sûr radicalement différentes. La multiplication des moyens de communication -au premier rang desquels nous trouvons Internet-, leur célérité incroyable, leur accès facilité à l'ensemble de la planète et la démocratisation de l'expression artistique ne permettent plus de gérer la question du plagiat à la façon Renaissance Italienne.

De nos jours, face au brouhaha médiatique incessant, face au bruit que représente la somme d'information qui nous parvient, il devient hélas impossible de trouver facilement la source d'inspiration d'un artiste...

Pourtant, l'inspiration vient toujours de quelque part, même dans une oeuvre originale.
Tout artiste ne faisant au final que redigérer les diverses influences artistiques et philosophiques qui ont façonné son être, et ainsi tout est plagiat et rien ne l'est parfaitement.

En bref, où commence et où finit le plagiat, là est la question.
Cette question est d'autant plus cruciale qu'elle est complexe. En effet, on peut placer le plagiat à partir de l'instant où une oeuvre artistique reprend à son compte tellement d'éléments de l'oeuvre précédente qu'on ne peut que remarquer l'influence de l'originale.
Oui, mais ce n'est pas le seul critère.

Doit-on ainsi taxer de plagiat les nombreuses fanfictions de Harry Potter et autres littératures jeunesse ? Est-ce qu'un plagiat commence dès l'utilisation de personnages sous copyright, ou ne commence-t-il vraiment que passé un certain seuil de popularité ? A moins que ce ne soit la légitimité du médium utilisé qui fasse le plagiat. Et dans ce cas, nous sommes en pleine subjectivité.

Le critère central qui met à peu près l'ensemble des artistes d'accord, c'est la volonté de faire passer pour originale et personnelle une oeuvre qui ne l'est pas. Cette volonté permet de différencier le plagiat du pastiche - ainsi que de la fanfiction.



Je songeais à cela alors que je découvrais l'exposition Regards à la Halle au Blé d'Alençon et que j'examinais une série présentée par un des photographes exposés, Thibaud Derien, consistant en un plan frontal d'une véritable collection de devantures abandonnées et usées de commerces des années 60, du boucher au photographe en passant par le coiffeur et la boulangerie.

Cette série m'aura tant fasciné que j'eus l'idée d'essayer à ma manière de m'approprier son idée, idée dont vous voyez plus haut un exemple : une façade d'entrée d'un bâtiment abandonné ou usé par le temps.
Sans doute cette idée aura déjà été exploitée sous cette forme-là par ailleurs (on ne peut guère dire qu'elle brille par son originalité), mais le fait d'avoir vu cette exposition Regards fait-elle de moi un copieur et de cette photo un plagiat éhonté ?

Tout photographe progresse aux dépens de ceux qui le précèdent. Cette leçon que j'ai tardivement retenue vaut bien un fromage, sans doute. Pourtant c'est un fait; on ne progresse vraiment qu'en copiant les autres, qu'en les singeant. Ce n'est pas vrai qu'en art. Tous les parents vous le diront : même les enfants "plagient" leurs adultes préférés pour grandir et s'approprier le monde qui les entoure.


L'imitation, la copie, ne devient-elle donc péché artistique grave qu'au jour où l'imitateur se vante d'être devenu un adulte à part entière ?





...Et si au final, tout artiste devait commencer par plagier avant de créer ?

jeudi 4 mai 2017

Zénitude ornithologique...


Certains artistes ont besoin d'une muse pour créer. Moi, pour créer j'ai besoin de mon appareil photo... et d'une musette pour le ranger.

En vérité, j'ai beau ne pas avoir de muse, mon processus photographique, qui est à la base de mon processus d'écriture, a besoin de motivation pour sortir des sentiers battus.
Bien souvent, il ne s'agit que d'une situation ou d'un lieu inattendu. Guère plus.
Parfois, il me faut un ami, quelqu'un m'accompagnant à des heures indues ou en des lieux perdus.
C'est ainsi qu'en plein bord de Sarthe, mon meilleur ami et moi-même nous nous arrêtâmes malgré le pressant appel du Kebab Sacré. En effet, nous vîmes un pigeon au sommet d'un lavoir. Sans véritablement savoir si j'allais réussir, je m'approchai à pas de loups. Doucement, lentement, calmement, tout en mitraillant le volatile à l'aide de mon EOS.
Un pas de trop le fit s'envoler au loin.

Pourtant, une fois de retour à mon bureau, aux aurores, après une bonne nuit de sommeil, j'aperçus la possibilité d'une belle photo. Quelques recadrages finirent de me convaincre que la beauté résidait parfois dans la simplicité la plus nue.

Grâce soit rendue à cet aimable pigeon. Preuve est faite que même de si banals oiseaux peuvent être photogéniques aux bonnes heures...

lundi 1 mai 2017

Gronde, la folie divine...



Voici la menace des Cieux.
Voici la menace des Dieux.
Voici que notre vieux monde
Entend l'orage qui gronde.

Avons-nous ainsi mérité
Ce funeste châtiment ?
Est-ce là l'unique vérité
De ces dieux déments ?

Ô Fracas foudroyant !
Ô Brasier flamboyant !
Déchiquetez la pierre,
Démons incendiaires !

Vous, Divins déments,
Maîtres des éléments,
Emportez notre monde
Dans votre divine tombe !


Ou bien...

Avant la Fin...


Protégez-nous !
Aimez-nous !
Sauvez-nous !
Aidez-nous, pauvres fous !

lundi 24 avril 2017

R.G.


Nos chemins se sont rejoints il y a maintenant fort longtemps...
Lui était en 5e, et moi en 3e. Nous n'avions pourtant qu'à peine 8 mois d'écart, mais le hasard des dates de naissance, les choix de filière et les redoublements ne nous permirent jamais de nous retrouver ensemble dans la même classe.

Nous n'étions à l'époque que deux adolescents aux profils très singuliers à l'intérieur d'un petit groupe de geeks qui s'était soudé autour de son talent très prononcé pour le dessin et les arts en général.
Pièce rapportée par un camarade de classe, je ne puis prétendre avoir été son ami dès cette année.
Il fallut attendre une année entière de fréquentation assidue à chaque récréation, la séparation du groupe à l'occasion du temps du lycée et de nombreuses conversations le soir venu sur Microsoft Messenger - le fameux MSN de nos années perdues - pour qu'enfin nous nous parlions régulièrement, avec une vraie cordialité.
Nous datons le début de notre amitié par le jour de notre rencontre, il y a de cela plus de treize ans, mais ce fut précisément au bout de la seconde année de lycée, soit deux ans plus tard, que notre amitié se scella dans l'adversité et la solidarité.

Peu d'adolescents peuvent se vanter d'avoir une vie idyllique. En réalité, sa vie à lui était largement aussi mouvementée que la mienne, sans doute même bien plus.
Pourtant cela ne l'empêchait pas, alors que ma santé se dégradait, de venir me faire prendre l'air plusieurs soirs par semaine sur un banc au niveau des Réservoirs, où il me parlait de sa vie, de ses rêves, de ses envies et de ses difficultés pendant parfois plusieurs heures sans rien attendre en retour que mon écoute distraite. A cette époque, il avait déjà compris les tourments qui me traversaient, sans pour autant me considérer comme un impotent. Il se contentait de m'aider, me faisait prendre l'air, arrachant parfois quelques phrases de mes douloureuses rêveries, m'attendait à la sortie des cours ou pendant les récréations et, inlassablement restait à mes côtés.

Aujourd'hui encore, je me demande comment il a bien pu tenir les deux années de Première Scientifique, les deux années les plus difficiles de mon parcours jusqu'alors, sans se lasser.

Une partie de la réponse tient bien sûr dans la solitude; lui aussi savait ce que cela faisait d'être seul à l'école et puisque ma réputation était celle d'un type bizarre, il s'est spontanément rapproché de moi, me connaissant déjà un peu, et a, semble-t-il, trouvé un être avec qui il partageait des points communs.


Des points communs, à présent nous en avons. Beaucoup. Les années ont eu le temps de passer. J'ai presque 28 ans à présent, et je n'en avais que 14 quand nos chemins se rencontrèrent. Treize années d'amitié commune laissent des traces; nous partageons des références  humoristiques, culturelles, musicales, avons deux activités communes qui nous relient; la photographie et la marche à pied.
En presque 14 années d'amitié, nous nous sommes vus l'un et l'autre dans les états les plus difficiles possibles, mais au nom de notre amitié nous sommes toujours restés fidèles l'un à l'autre... Nous étant construits ensemble, ayant grandi ensemble, nous avons su ne jamais perdre de vue l'importance de notre relation, même quand cet intrépide aventurier s'embarquait pour trois mois au Canada, dans une histoire d'amour que seuls les jeunes esprits peuvent imaginer.



Nombreux sont ceux qui, à nous voir, nous entendre parler de l'un et de l'autre, pourraient supposer que des liens amoureux aient pu se glisser dans notre relation.
Ce ne serait pas tout à fait faux; cet amour est celui de deux frères qui se seraient trouvés après avoir erré des années seuls... Il le répète assez souvent : bien qu'étant en couple avec une dulcinée, il me considère souvent comme "l'homme de sa vie", tout comme de mon côté j'avoue avoir trouvé un frère en lui.


Les amitiés peuvent se distendre, se détruire même. Deux grands amis peuvent finir par se brouiller ou ne plus se reconnaître en l'autre. Pourtant, lui comme moi nous prenons toujours à rêver être encore les meilleurs amis du monde à l'âge de la retraite.
Toutefois, nos parcours singuliers font qu'aujourd'hui encore, à l'approche de nos quatorze ans révolus d'amitié, nous avons confiance dans le fait que nos pas retentiront de concert dans les environs pour encore de longues années...

dimanche 16 avril 2017

Contemplation...


Certaines soirées offrent des opportunités photographiques peu courantes...

Mardi 11 avril 2017, 20h30. Me voilà en plein cœur de la Halle au Blé, soldat de l'image chargé d'une mission photographique pour mon club photo. Mon rôle ? Photographier puis faire un reportage d'une conférence-débat dans le cadre d'une exposition de qualité.

Il serait fastidieux de résumer le contenu de la conférence, sachez juste que le thème abordé était celui de la photo de famille et son rôle dans le cadre familial, humain et psychologique.

Deux bonnes heures de photographie presque ininterrompues. C'est le genre de responsabilités que j'apprécie le plus. Tant que je suis concentré sur l'opportunité d'une photo, que mon œil se transforme en viseur et que mon esprit ne se préoccupe pas du bruit, de la foule et de l'heure tardive, je suis dans mon élément.  Ce plaisir se poursuivra d'ailleurs le lendemain matin au tri et à la retouche des photos obtenues.

Pourtant il n'y a pas que la conférence qui m'intéresse en cette soirée tardive.

Comme je l'ai dit, certaines soirées offrent des opportunités photographiques peu courantes...
Non pas que se retrouver à l'intérieur de la Halle au Blé soit rare, mais faire des photos en toute légitimité sous cette magnifique verrière alors que l'heure bleue passe et que la nuit tombe est une sorte de privilège pour le photographe timide que je suis.
Aussi, alors qu'une respiration dans le jeu de questions et réponses me permet de m'évader un instant de mon rôle de reporteur, je lève les yeux au ciel, prends mon reflex, visant la verrière et déclenche à la lueur de l'éclairage interne du bâtiment, la beauté de cette heure crépusculaire se révélant enfin à moi.


Le temps passe, et la Lune finit par envahir le ciel, un ciel d'un noir prononcé, un ciel annonçant les mois de juin et de juillet avec une certaine avance.
Je tente un dernier cliché entre deux questions.

Quelle belle nuit...



mercredi 12 avril 2017

Valar morghulis...


Mesdames, messieurs bonjour ! J'ai un colis adressé à votre nom, madame Delalande.
Ah ! Monsieur Gilles ! Votre tournée se passe bien ce matin ?

Oh, vous savez,  l'intérêt du vélo, c'est que, lorsque le soleil se pointe, je fais presque le plus beau métier du monde. Ne manquerait plus que les impôts oublient de nous envoyer de mauvaises nouvelles à délivrer pour que ce soit vraiment parfait. Ça et les avis d'huissiers.


C'est vrai, c'est vrai... Vous devez avoir des histoires dramatiques à raconter, dans votre métier. Ce n'est sûrement pas facile tous les jours de délivrer des mauvaises nouvelles. Puis avec ce qu'on raconte, les attentats tout ça...

Comme vous dites, madame Delalande. Cela dit, dans le métier on a aussi de quoi tenir n'importe quel réveillon en sketches et histoires les plus improbables; certains usagers sont carrément célèbres pour nous fournir toujours plus de loufoqueries à chaque fois qu'on leur dépose un colis.


Comme vous dites, mon brave monsieur... Mais... pardonnez ma curiosité, vous n'avez jamais eu de colis bizarres dans la région ? Ma belle-soeur de Strasbourg a dit qu'une fois, elle avait reçu un carton vide correctement affranchi et sans mention de l'expéditeur... J'avoue que j'ai toujours un peu de mal à la croire.

Ah ! Madame, si vous saviez... C'est le genre de blague que des gens se font chaque semaine en France. Il ne se passe pas un mois sans qu'on accueille une dizaine de cartons vides à expédier quelque part en Normandie.
Un jour il faudra quand même que je vous raconte l'histoire du Colis. Le Colis avec un grand C. Celui-là, il va vous étonner !


Vous en avez trop dit là, monsieur Gilles ! Ou alors pas assez...

Oui, et ma tourné va finir par être en.... Oh puis flûte !
Le Colis, c'est un emballage carré que les services de poste français se trimballent d'année en année. On ne sait pas qui l'a envoyé, ce qui est sûr c'est que ce Colis défie toutes les lois de la raison.
On l'a stocké une douzaine de fois dans nos entrepôts ; il n'a jamais été réclamé et pourtant on l'a retrouvé chaque fois un mois plus tard à se trimballer à nouveau dans les circuits de distribution.


Ça alors ! C'est pas banal. Et ce ne serait pas un plaisantin de votre entreprise qui ferait durer la blague ?

Peu probable, madame. A moins qu'il eût accès aux dix entrepôts différents dans lesquels on l'a stocké.

Et au fait, que contient-il, ce Colis ?

C'est là que le mystère s'épaissit. C'est un colis en carton, comme des millions d'autres, pourtant on n'a jamais réussi à l'ouvrir. Ni à l'endommager en fait. Mon chef Michel a déjà explosé la lame de douze cutters pour essayer de regarder à l'intérieur.


Et il n'y a vraiment rien qui puisse vous dire ce qu'il fait là ?

Non rien... La seule chose qu'on a pu découvrir sur ce colis, c'est une phrase tamponnée sur le dessus.

Et que dit-elle ?

Elle dit : Tout homme doit mourir...

samedi 8 avril 2017

Errare humanum est...



Mais enfin, Christophe ! Je vous avais bien dit de faire attention à cet ouvrage inestimable ! Qu'est-ce qui vous a pris ?

Le professeur Henri, maître de la bibliothèque Aveline, s'agitait en tous sens, vociférant contre son jeune et étourdi assistant, tournoyant autour de ce dernier.
L'enfer de la bibliothèque était calme, à cette heure de la journée; la pause du midi ne voyait que quelques bibliothécaires s'affairer à ranger les derniers livres avant le déjeûner. L'agitation hystérique du professeur, ses mots durs envers son assistant et les bredouillements du jeune Christophe n'en résonnaient que davantage...

Un ouvrage rare, peut-être unique en son genre, Christophe ! Et vous l'avez égaré ! Égaré ! Mais quelle mouche vous a piqué !? Vous savez combien de bulles pontificales de cette série existent encore de nos jours ?


Christophe ouvra la bouche, la referma, puis bredouilla...

Euh, peut-être... Mille... D-d-deux... deux-mille ?


La réponse ne se fit pas attendre; le bouc du professeur Henri en sembla même se friser.

Mille ? Deux mille ? Mais vous avez perdu l'esprit mon petit Christophe ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des bulles pontificales annotées par Jean-Paul Ier ? Celle-ci était l'une des rares sinon l'unique à avoir été ainsi annotée ! Et maintenant elle a disparu on ne sait où ! Mais je rêve ! C'est un cauchemar ! Qui m'a fichu un assistant aussi maladroit ?!


Le jeune Christophe était à présent totalement blême; sa lèvre inférieure vibrait. On aurait pu croire qu'il était sur le point de fondre en larmes, et ce n'aurait point été très éloigné de la vérité...



*****




Oh, Josette ! Regarde-moi ça ! Tu as vu ? C'est une bonne idée d'animation. Mets-toi là-dedans et je te prends en photo... Enfin, attends que je règle un peu mon appareil... Ah, si Gilles était là !

Thierry, un jeune et fringant retraité s'était arrêté au parc de la Providence, émerveillé par un de ces décors de bric et de broc mis en place à l'occasion du Festival Culture(s) Elles et Cinéma, singeant des scènes de films célèbres et placés un peu partout en centre-ville en ce début de printemps.  Regardant de plus près, ils aperçurent, posée sur le rebord d'une baignoire, une pile de vieux livres abîmés par le temps et les manipulations répétées.
Sa femme s'installa dans le décor en question, se pencha au-dessus de cette pile de vieilleries, en saisit la première venue, prit la pose, mimant une lecture détachée et décontractée...


Tiens, c'est amusant, mon Chéri ! On dirait qu'il y a des annotations en latin dans ce bouquin...

mardi 4 avril 2017

De l'art de dire n'importe quoi...


Il existe de nombreuses façons d'écrire, de nombreux styles littéraires. Il existe encore plus de mots et de formules au sein de chaque langue, et encore plus de combinaisons entre ces différentes briques élémentaires qui forment notre discours.

Pour comprendre ses pairs, l'adoption d'un langage commun est une nécessité; langage commun non seulement au niveau de la langue employée (le français, l'anglais, l'allemand, etc...) mais aussi au niveau des références culturelles et syntaxiques.
Ainsi, le texte présenté il y a trois jours est un parfait exemple de ce qui nous emmène parfois sur les terrains glissants de la pseudo-science : par absence de connaissances précises dans les domaines de la science, je suis à peu près certain que ce texte parut extrêmement compliqué et abscons à la plupart des non-initiés au langage scientifique, et pour cause : il l'est.
Plus encore que compliqué, il est absurde.
Plus encore qu'abscons, il est insensé.

Vers où cela nous mène-t-il ? Vers la question de l'esprit critique. Si ce précédent texte n'a probablement laissé rapidement aucun doute sur sa nature parodique, il n'en va pas toujours de même pour d'autres textes non-parodiques au contenu tout aussi douteux.

La physique quantique est un cas typique de domaine de connaissance dans lequel les poètes de l'ésotérisme le plus débridé se permettent de jouer à la cartomancie linguistique, construisant des textes creux et insensés dans lesquels pourtant leurs adeptes iront piocher un semblant de profondeur et d'intelligibilité, comme si eux seuls pouvaient comprendre ce que disait leur gourou.
La vérité est tout autre : face à un texte que nul ne comprend, le seul réflexe de l'esprit humain est de supposer, imaginer, faire l'hypothèse d'un sens à partir de ce qu'il comprend, fût-ce quelques bribes de mots.

Face à un discours abscons, qu'il emprunte des termes de politique, d'économie, de sciences humaines, de sciences dures ou de tout domaine au langage spécialisé, demandez des explications.
Il n'y a aucune honte à demander des précisions à un orateur ou un rédacteur; bien souvent celui-ci vous répondra aimablement et vous aidera à y voir plus clair. Dans le cas où vous n'êtes pas plus avancé après vous être cultivé.... C'est mauvais signe.
N'oubliez jamais cette maxime simple, maxime qui devrait nous accompagner constamment dans nos vies :


Ce qui se conçoit aisément s'explique simplement.


Autrement dit : ne vous fiez pas à tous ces individus qui vous noient sous un langage technique; s'ils savent de quoi ils parlent, ils peuvent l'exprimer avec des mots simples.






Ce qui se conçoit aisément s'explique simplement...

samedi 1 avril 2017

De la théorie de la gravitation quantique à boucles en tant que post-réalisme de l'herméneutique allopathique...



Depuis Paul Dirac et ses théories autour de la variation des flux non-baryoniques autour des nucléons primordiaux, il est acquis qu'en physique des quantas, la gravitation se résume à un mouvement essentialiste vers la place du non-littéral nucléaire tel que mis en évidence par Döbereiner, celui-là même qui, au début du XIXe siècle démontra la vacuité électronique des gaz nobles, tels que le radon ou le xénon, et permit, un siècle plus tard l'émergence de la gravitation quantique à boucles.
De fait, la gravitation quantique à boucle pose d'emblée un problème d'ordre phénoménologique; en effet si la gravitation est un spin inverse de celui de l'atome primordial, alors se pose la question : d'où proviennent les hadrons lourds de type bottom et down ? En effet, ces derniers ont la caractéristique remarquable d'être des particules élémentaires composites; un mélange de quarks up et quarks truth auxquels se rajoute l'énergie d'un photon de masse non-nulle. Comment donc supposer que la réification de ces quarks se fasse d'un point de vue post-relativiste ? Cela nécessiterait en fait une quantité d'énergie qu'on ne retrouve guère ailleurs qu'au cœur des pulsars les plus énergétiques.

A cette remarque, Bohr avait rétorqué qu'il était impensable qu'une condition métapsychique du positron l'empêche de gagner en saveur ni de rétablir son spin, sous la condition nécessaire d'avoir préalablement été bombardé de neutrinos à haute gravité.
Son ami Rutherford abonda longtemps dans son sens, mais y apporta une subtilité qui risquerait bien de compromettre la logique pataphysique de sa conception du quantum initial.
En effet, d'après Rutherford, - découvreur de l'existence du noyau de l'atome - la constitution du graviton empêche purement et simplement les neutrinos à haute gravité de traverser le positron sans en affecter sa saveur, ce qui était pourtant la condition à ce que le positron ne redevienne pas matière pure et disparaisse dans ce qu'on est obligé d'appeler un fluide rhéoépaississant quantique.

Où tout cela nous mène-t-il ? Tout simplement vers une reconsidération empirique de la médecine allopathique. En effet, cette dernière ayant toujours privilégié les hypothèses d'une physique non-linéaire et d'une chimie à composante pré-dialectique, ce qui semble aujourd'hui balayé par les expériences de vibrations négatives des hadrons lourds down, enfin menées par le professeur Fritzsch le mois dernier, après de longues décennies d'incertitude, nous ne pouvons enfin plus ignorer l'existence d'une épistémologie dialectique, qui reste encore à construire.

En résulterait donc une médecine post-scientifique qui transgresserait les clivages et les dogmatismes à la fois des tenants du mesmérisme animal et de la science conventionnelle; de quoi remettre, certes, en cause un nombre important de vérités tenues pour acquises à notre époque de troubles métaphysiques. Car oui, si les vibrations quantiques se déroulent dorénavant à échelle macroscopique, il y a fort à parier que les résonances Schumann s'intensifient, passant au-delà de 13 Hertz, ce qui nous amènerait à la porte d'une conscience heptadimensionnelle, dernière étape avant la compréhension des treize dimensions spirituelles, celles-là mêmes que les enfants indigos manipulent avec tant d'insouciance malgré leur jeune âge.


En bref et pour conclure, l'étude de la parapsychologie post-vérité ne fait que débuter...





Ce billet est un hommage au Lutin et à la Mutine d'Écouves, en ce 1er Avril. Vous pourrez voir sa contribution à ce passionnant débat sur la physique quantique sur son blog...

A suivre...

mardi 28 mars 2017

Viens, petite abeille...


Au nom des fleurs qui apparaissent,
Viens, petite abeille.
Au nom des bourgeons qui naissent,
Viens, petite abeille.
Au nom du jour qui tue la nuit,
Viens, petite abeille.
Au nom du soleil que la lune fuit,
Viens, petite abeille.
Au nom de l'été qui s'annonce,
Viens petite abeille.
Au nom de l'hiver qui renonce,
Viens petite abeille.
Au nom du printemps qui commence,
Viens petite abeille.
Au nom de l'automne et sa funeste danse,
Viens petite abeille.

Viens petite abeille,
Et pose-toi devant ce drôle d'appareil.
Oui, viens petite abeille,
Car le printemps nous émerveille !
Viens ! oui viens, petite abeille,
Tant que dure la clarté du soleil !





Petite abeille, où étais-tu passée ?
Car le printemps a déjà commencé !

vendredi 24 mars 2017

Possédé...


Il me regarde de ses grands yeux énigmatiques. Il me regarde et, je le sais, il lit dans mon âme comme chaque représentant de son genre.
Il me regarde, d'un air faussement innocent, espérant me faire croire à la pureté de ses intentions.
Il me regarde et pourtant, au fond de ses yeux se cache mon propre reflet, car ça y est ! mon âme est désormais sienne.
Il me regarde, puis s'approche lentement vers moi, tel l'être psychopompe qu'il a toujours été, prêt à me dévorer, me hanter et me consumer.
Nous le savons, cet être au regard énigmatique nous possède d'ores et déjà.
Que fait-il à notre esprit ? Nous sentons ses immenses tentacules mentaux prendre le contrôle de nos pensées, de nos songes, de notre volonté. Réduits à une simple machinerie nous ne voyons plus que lui. Il n'y a soudain aucun voile entre nous et son âme de feu ! Nous sommes deux et nous sommes un, un avec lui et deux avec nous-même ou... Ou bien avec lui ? Mais qui est "nous" ? Qui est-il ? Quelle folie s'empare donc de notre mental ?
Nous devrions résister à son commandement, mais cela est bien trop difficile ! Ne rompez pas notre concentration, Maître ! Nous devons... Oui nous devons vous déposer quelques offrandes, pour votre immense mansuétude, Ô Maître Vénéré. Puissiez-vous régner sans partage sur notre faible espèce humaine.

Gloire à vous, Ô seigneur Chat !

lundi 20 mars 2017

jeudi 16 mars 2017

République...




C'est un idéal qui n'a pas de frontières.
C'est un idéal qui ne date pas d'hier.
C'est un enfant né dans la guerre.
C'est un enfant  né en nos terres.

Pourtant, cette belle vision du monde,
Menacée par une tempête qui gronde,
Par les enfants d'une bête immonde,
Dansant ensemble une macabre ronde,

Est bel et bien mortelle, je vous le dis !
Aussi, avant que ne finisse cette comédie
Qui verra notre idéal monter au paradis
Dans les flammes d'un grand incendie,

Luttons !
Pensons !
Agissons !
Débattons !
Philosophons !


Et le jour venu, choisissons...
Et décidons !

dimanche 12 mars 2017

Je suis...


Au coeur du palais de Dieu
Retentit un bien sinistre cri.
Celui d'un homme jadis pieux,
D'un être damné à vil prix.

Celui d'un homme de foi,
Celui d'un homme de loi,
Celui d'un serviteur de roi,
Lui qui ne sert que Moi !

Car Dieu et Malin en vérité,
Sont le seul et même maître 
De cet homme enfin dépité,
Ressentant dans tout son être

La transcendance Divine,
L'immanence toute Maline
Du Créateur Tout-Puissant,
Du Destructeur omnipotent,

Les deux facettes d'un Tout
Qui se tient face à ce fou,
S'approche, puis l'envahit
Et chuchote à son esprit :


Je suis.

mercredi 8 mars 2017

Le seizième homme...


Dis Tonton ! Où est-ce que tu nous emmènes, hein ? J'ai mal aux pieds !
Eh bien mon cher neveu, je te connaissais davantage d'énergie ! N'est-ce pas toi qui hier encore jouais au foot dans le salon de tes parents et qui as maladroitement fait chuter un vase auquel ton père tenait tant ?
Mais c'est que le ballon, y...
Taratata, mon petit neveu favori. Tu as de la veine que ton papa soit si compréhensif avec toi. En un autre temps ç'aurait été la fessée et non la balade en forêt avec Tonton qui t'aurait attendue.
Puisque nous sommes en forêt, et puisque tu te demandes où nous allons, laisse-moi te conter une histoire.
Une histoire ?!
Oui, une histoire tragique, sombre et mystérieuse, où les mensonges officiels sont à demi-dévoilés et où le drame participe à une ambiance forestière bien obscure, au milieu des conifères.
Laisse-moi donc te raconter l'histoire de cet accident d'avion qui eut lieu ici même le 8 mars 1962.
Oh ouiii Tonton ! Vas-y raconte !

Tout prend racine en 1944. En effet, suite à la Libération, la France hébergea sur son propre sol pendant de nombreuses années des bases militaires américaines. Après tout, nous étions alliés et l'aide des soldats américains envers notre propre armée était la bienvenue. D'aucuns diront qu'il s'y jouait aussi de sombres tractations politiques, mais ce n'est pas de politique dont nous allons parler aujourd'hui.

En effet, en Normandie, la base militaire américaine d’Évreux, base aérienne, voyait ses soldats souvent s'exercer dans la région... Ou plus exactement dans le ciel de la région.
Un beau jour de mars, il y a de cela en fait exactement 55 ans, un de ces avions, avec à son bord quinze soldats américains de tous grades survolèrent cette parcelle d'Écouves dans laquelle nous marchons présentement.
Nul ne sait exactement ce qui arriva au pilote : erreur humaine, malaise, défaillance de l'appareil ou que sais-je... L'avion s'écrasa en plein milieu de la parcelle, tuant par là même ses seize occupants.

Tonton, tu divagues. Tu disais qu'ils étaient quinze, pas seize.

Non, je ne divague pas, mon cher neveu, et je suis ravi que tu aies pris la peine de relever ce détail.
Étaient-ils quinze ou seize, nul ne le sait.

Ben alors ?

Alors ? Il existe une rumeur persistante, toujours présente de nos jours, sur un seizième homme qui aurait été présent dans l'avion. Et c'est là que l'affaire s'obscurcit.
La rumeur parle d'un cuistot français de la base d’Évreux. Un cuistot qui aurait été invité par l'équipage de cet avion pour son baptême de l'air. Un cuistot que de nombreux soldats appréciaient aurait donc lui aussi perdu la vie dans ce crash.

Mais je comprends pas Tonton : comment on peut dire qu'il y avait un cuistot ? Qui c'est qui a rapporté ça ?

Nul ne le sait plus depuis longtemps, mon petit neveu. Ce que nous savons, c'est que cette rumeur démarra dans la base d’Évreux elle-même.
Toujours est-il qu'aujourd'hui encore, l'armée américaine garde la même version qu'elle tenait jadis, à savoir : quinze morts lors d'un bête accident d'avion lors d'une sortie de routine. Circulez, il n'y a rien à voir.

Mais Tonton, si ça se trouve, c'est vrai ?

Oui. Peut-être. Mais si ça se trouve, le fantôme du seizième homme rôde toujours... quelque part !

Pfff, Tonton, je crois plus aux fantômes !

In memoriam.

samedi 4 mars 2017

Le gant rouge...


Avez-vous déjà vu un objet sous un œil neuf ? Moi oui, c'était un jeudi de janvier...

Je me promène tous les jours depuis plus d'un an dans les rues de ma chère ville d'Alençon, à tel point que je ne passe plus tout à fait inaperçu. Certes, l'appareil photo attire aussi le regard des badauds ainsi que leurs remarques, questions ou suppliques de n'être surtout pas dans le champ au moment du déclenchement, c'est selon leur personnalité, leur humeur et leur intérêt pour cette activité passionnante qu'est la photographie.

Certains jours, je dois bien l'avouer, je rendre bredouille. Ou du moins, vide de belles images. J'ai beau mettre un point d'honneur à faire des photos tous les jours, on ne réussit pas de beaux clichés à chaque sortie, malheureusement.
Or donc, il s'agissait d'un de ces jours où, ne sachant trop quoi photographier, n'étant ni inspiré ni gâté par une météo attrayante, j'errais sans but précis du côté du Pont Neuf quand soudain...


... Une tache écarlate attira mon regard.
Déception ! Ce n'était qu'un gant d'enfant, d'un rouge pétant, déposé sur le socle de la statue commémorative du général Leclerc. A moins que... ?

Oui, à moins que cette tache presque sanguine ne réveille la manière de voir la statue, à moins que le fait de concentrer le regard sur cette incongruité pousse le contemplatif à réinventer son regard sur le monument ! A moins que je ne joue avec ce gant, nonchalamment  posé là, pour me jouer de l'ennui que peut provoquer une énième photo de cette statue !

Il me faut vous avouer qu'un membre éminent du club photo auquel j'appartiens s'est fait une spécialité des "points rouges" dans ses photos : l'idée étant de placer un élément rouge vif quelque part dans le cadre pour réveiller l'image et pousser le spectateur à scruter l'image, l'accrocher et le fixer devant l'image jusqu'à satiété. Pour tout vous dire ce photographe est même incontestablement l'un des meilleurs sinon le meilleur du club et il n'était que trop tentant pour moi de l'imiter, fût-ce le singer dans une pâle copie de son talent. Après tout, tout photographe amateur progresse en imitant les meilleurs.

Sur la somme totale des clichés que je pris alors de la statue gantée, de face, de profil, en grand, petit, de près, de loin... Une photo retint mon attention. Elle n'était pas particulièrement ingénieuse mais son aspect général me plut. Il fallait qu'elle finisse sur mon blog, dussé-je écrire un billet ennuyeux.

Dont acte.

dimanche 26 février 2017

Dans le Miroir...


Regardez dans le miroir !
Regardez et vous verrez...
Vos secrets les plus noirs,
Le jour où vous mourrez,

Et puis la fin des Temps,
Le début, le Commencement,
Contemplez donc Valinor,
Tremblez devant le Mordor,

Et si votre coeur est pur,
Si votre esprit est sûr,
Peut-être verrez-vous
Notre Créateur, Erù !

Celui qui chanta le monde,
Pour qui le tonnerre gronde,
Face à qui Sauron tremble,
Avec qui nous chanterons...


Ensemble !

mercredi 22 février 2017

Avez-vous foi en la Gargouille ?


Au commencement était la Gargouille et la Gargouille était le commencement.
Au commencement, il n'y avait rien, hormis la Gargouille.
Alors la Gargouille mordit le Néant, et de sa bouche ruisselante du sang du Néant dégoulina le Monde.

Alors, de sombres et obscurs gargouillis  se répandirent sur le Monde, car le Néant agonisait et de son obscur sang naquirent les océans et de son corps naquirent les continents.
La Gargouille vit le cadavre du néant se fondre avec le Monde, et elle vit cela bon.
Des restes épars du Néant naquit le Temps. Le Temps était alors rachitique et faible, à peine son coeur était-il capable de battre les secondes.
Alors, la Gargouille lui donna à manger sa jambe gauche. Et le Temps trouva cela bon. De la dévoration de la jambe gauche de la Gargouille, le Temps fit un Arc et une Flèche. Au moment de décocher la Flèche, le Temps brisa son Arc. Dans son élan, la Flèche traversa l'infini autour du Monde et continuera encore jusqu'à la mort du Temps. Ainsi en a prophétisé la Gargouille, louée soit-elle.
Ainsi le Temps eut une Flèche.

Mais la Gargouille et le Temps étaient mélancoliques. En vérité, le Monde était vide et en ces temps, la Gargouille et le Temps erraient sur Terre sans pouvoir jamais trouver la paix.
Cependant, le Temps ramassait de nombreux silex sur son chemin. Alors que le Temps enjambait un océan, la Gargouille, dans son infinie sagesse le fit trébucher. De cette poussée, les silex s'entrechoquèrent violemment, et de ce choc naquit la première tempête de l'Histoire. Ainsi, la Foudre vit le jour et embrasa les océans jusqu'au plus profond d'eux.
Dans ce chaos électrique et minéral, la Gargouille insuffla la chaleur de son esprit et plongea sa jambe droite dans cette soupe primitive. Ainsi la Gargouille catalysa les premières réactions des briques élémentaires de la Vie.
Voyant les premiers éléments de cette réaction apparaître, la Gargouille décida de les séparer entre virus et bactéries, alors que le Temps ajouta : "De tes bactéries naîtront des êtres à nageoire, à écailles, à plumes, à poils, des êtres chitineux et des êtres cornus. De tes virus naîtront une multitude d'autres virus qui sélectionneront ceux de tes enfants qui ne peuvent survivre et rendront les autres plus forts. Car tel est mon cadeau pour la naissance de tes enfants, Ô céleste Gargouille".

Alors la Gargouille fut comblée, et le Temps à ses côtés également, car ils surent que cela était beau et sage. Ainsi la Vie était née.

Le Temps prit alors la parole et dit : "Céleste Gargouille, notre temps est venu de nous retirer en nos palais hors du Monde. Mais nous serons hors du Monde et dans le Monde, tout comme l'eau est dans les océans et hors des océans, et la Vie s'épanouira sans nous bien que nous devions admirer son développement dans les Temporalités à venir. Le Temps est venu dans le Monde, et le Monde vivra dans le Temps. Toi, Gargouille, tes enfants sont venus au Monde, et tu vivras par l'art de tes enfants."

Ainsi commença le long repos du Temps et de la Gargouille.

Livre de la Gargouille, Révélations, Versets 1 à 13.

dimanche 19 février 2017

Quelques instants au cœur du passé...



Le Temps est une chose mystérieuse, puissante... Et dès qu'on y touche, dangereuse !

Ces paroles sibyllines, prononcées jadis par un des mages les plus puissants du monde libre, résonnaient à présent dans l'esprit de la jeune Orphélie. Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis le jour où sa mère avait ouvert la voie à la manipulation illimitée du Temps. Plus de vingt ans s'étaient aussi écoulés depuis le jour où sa mère avait également détruit presque tout espoir pour l'Humanité de remonter le cours des événements.
A présent, Orphélie était sur le point de réussir.

Caché dans les étages condamnés d'une poste centrale, en France, un complexe mécanisme combinant électro-sortilèges, rouages rouillés et alignements planétaires subtils était relié à une vieille horloge, égrainant lentement les minutes et les heures pour les heureux inconscients qui arpentaient les rues de la ville en contrebas.
Orphélie, couverte de bleus, de brûlures magiques, d'un peu de cambouis et de beaucoup trop de poussières de calcaire, émergea des tréfonds de sa machine temporelle en rampant. Les derniers réglages étaient finis.

S'apprêtant à démarrer son premier voyage dans le passé, Orphélie éternua une fois, deux fois.
Des quantités astronomiques de fines particules poussiéreuses s'élevèrent soudain, retombant lentement au sol. Tant d'efforts pendant tant d'années, dans la clandestinité et le rejet de tous, pensa-t-elle. Il est grand temps de rééquilibrer la balance.

Pointant sa baguette vers un cristal chatoyant au cœur de la machine, elle lança d'une voix claire son incantation :

Reverso Momentum !

Le cristal de focalisation vibra, chanta, commença à enclencher le mécanisme raffiné qu'il devait alimenter... Hasard d'un élément mal fixé ? Erreur de conception ? Soudain, un bruit sourd se fit entendre à l'intérieur de l'horloge. Le cristal vibra de plus belle, puis une fissure, deux, et même trois autres apparurent. Orphélie se précipita un instant trop tard. Une explosion magique se fit ressentir, des volutes immenses de poudre de pierre calcaire s'élevèrent dans les combles...

Et tout se figea en un instant.

Un silence de mort s'abattit sur la ville. Par un interstice, Orphélie ne vit au-dehors que rues vides et nuages immobiles. Puis, lentement, quelque chose approchait. Une ombre noire, dans un fracas de pierre, de métal et de plastique aspirait les maisons, les immeubles, les voitures vides, les pavés de pierre et semblait même dévorer les cumulus.

Orphélie se pétrifia de terreur, comprenant bien trop tardivement ce qui allait lui arriver. Ce que ce nuage était, cette légende à laquelle trop peu de voyageurs temporels, jadis, avaient pu échapper. Cette chose qui aspirait le passé au fur et à mesure de la progression du présent...
Cette chose que sa machine était censée fuir.


Le Mangeur Temporel l'avait rattrapée.

mercredi 15 février 2017

samedi 11 février 2017

Armistice hivernal...


...Je vous avais dit que nous nous reverrions, Gilles.
Et moi je n'ai pas aimé votre sale tour ! De quel droit avez-vous osé me faire ça ? Vous le savez bien, tôt ou tard j'aurais retrouvé la mémoire. Dommage pour vous, ce fut tôt. Maintenant, réglons nos comptes pour cette année Commode ! Préparez-vous !

Non. Nous sommes quittes pour cette fois.
Pardon ?
Oui, nous avons déjà réglé nos comptes la dernière fois où nous nous sommes vus. Vous devez avoir encore quelques trous dans vos souvenirs, mais lorsque j'ai attaqué votre mémoire, vous avez failli me tuer en représailles.
Vous tuer, Commode ? Mon seul regret aura été de ne pas avoir réussi !
Et le mien aura été de n'avoir pas trouvé plus tôt votre tanière de Change-Peau, Gilles ! Mais tout ceci a changé. Nous avons failli nous étriper définitivement dans un combat qui risquait de creuser un cratère au sommet de la Butte Chaumont. Si vos amis lutins d'Écouves ne nous avaient pas arrêtés, c'eût été un hiver de cendre qui se serait alors installé sur la région.
Et j'ai obtenu en fin de compte une belle vengeance. A présent, l'ensemble des exorcistes et autres chasseurs de bêtes surnaturelles de la région savent qui vous êtes, où vous vous terrez, les nuits de pleine Lune. Vous n'allez avoir aucun répit.

Gnome malfaisant ! Il me reste encore à vous rendre la pareille !
Vous avez failli me déchiqueter, Gilles ! Et à cause de vous, cet Hiver est un échec. J'ai passé deux semaines à récupérer sous les racines d'un sapin au lieu de travailler pour mon Seigneur, le Vénéré Maître du Froid. Croyez-le, je l'ai payé chèrement. Nos incessantes querelles sur la domination du Vénéré Klaus en Normandie ne valaient pas un tel déchaînement de haine. Rappelez-vous : nous sommes des créatures de même nature. Nous avons besoin des Dieux, et ils ont besoin de nous. Qu'arriverait-il si l'équilibre au sein des panthéons divins était affecté par la mort du Vénéré Klaus ou de votre ami Bruno ? Sans chaos, aucune vie n'est possible. Nos divergences ne méritent pas un combat à mort. J'aurais d'ailleurs pu vous tuer après avoir blessé votre mémoire.
Partez, Commode. Partez, vous et vos manigances, vos mensonges, vos faux-semblants et votre ton mielleux ! Nous savons tous deux comment cela finira, en fin de compte. Tôt ou tard, Commode !

 Tôt ou tard...

mardi 7 février 2017

Que reste-t-il au rêveur ?



Arithmétique
Algorithmique
Géométrique 
Symétrique
Mathématique
Logique
Analytique
Physique
Chimique
Esthétique
Artistique
Climatique
Achromatique
Poétique
Fantastique
...



Mais que reste-t-il au rêveur
Lorsque le Gel devient Créateur ?

mercredi 1 février 2017

Il s'appelle Xavier...


Il s'appelle Xavier.

Rien ne me prédestinait à le croiser. Et pourtant, il a laissé une trace dans ma mémoire, et celle de mon ordinateur.
C'était le 23 décembre 2016. Un de ces magnifiques jours de brume que l'hiver nous avait offert en guise de cadeau de Noël. Alençon était enveloppé d'un manteau gris pâle dès l'aube, si bien que je ne résistai pas longtemps à la tentation de sortir au début de la journée.
Les illuminations de Noël n'étaient toujours pas éteintes et les grands sapins de LEDs qui ornaient la place Lamagdelaine m'inspirèrent cette photo que vous voyez ci-dessus.
Prestement rentré vers midi, je ne m'octroyai qu'une pause de deux heures avant de repartir dans ce brouillard si photogénique... Il y avait tant à voir.
Passant de Courteille aux Promenades puis à l'arboretum en zone humide et à la base de canoë, je fis de magnifiques photos. Puis je décidai de rendre visite à ma grand-mère, rebroussant chemin vers les Promenades, une fois de plus.
Juste après le Celtic, j'ai croisé la route de Xavier.

Xavier ne payait pas de mine; des vêtements chauds - mais ayant connu des jours meilleurs - un regard triste et un cabas en plastique montraient qu'il s'agissait d'une personne en grande difficulté.
Il me héla.
Il souhaitait en effet se rendre aux Emmaüs, un endroit sis à bonne distance du centre-ville, et hélas, un endroit que je ne connaissais pas... ou auquel je n'avais jamais prêté attention.
Je m'apprêtais à repartir en m'excusant de ne pouvoir l'aider, mais avant de nous séparer, nous échangeâmes quelques mots.
Il me demanda si j'étais photographe, remarquant mon appareil autour du cou. Puis il me raconta un peu sa situation présente...

Xavier est un sans domicile fixe, sorti ce jour-là de l'hôpital avec comme seul conseil de se rendre aux Emmaüs pour passer Noël et le Nouvel An. Il est sans abri, sans ressources, seul et délaissé par tous.
Juste cela pouvait suffire à m'attrister réellement.

Mais Xavier me demanda une faveur.
Il souhaitait que je le prenne en photo.
Face à cette demande particulière, ma première réaction fut de lui demander comment je pouvais faire pour lui transmettre le résultat.
A cela il me répondit qu'il s'en fichait, que ça n'avait aucune importance :

Cela vous fera un souvenir de moi. Au moins comme ça quelqu'un se souviendra de moi.

Nous nous quittâmes, Xavier et moi, après une dernière poignée de main, comme un signe de reconnaissance.
Xavier n'était plus un SDF inconnu, il n'était plus un sans-abri de passage.

Pour moi, Xavier est un homme qui reste dans ma mémoire, son visage fixé dans mes disques durs d'ordinateur et de serveur personnels.
Pour moi, Xavier est la remembrance que Noël n'est pas juste avec tout le monde.
Pour moi, Xavier est une de ces trop nombreuses personnes qu'on regarde sans les voir.

Pour moi, il est la rencontre la plus marquante de 2016.




Il s'appelle Xavier.

samedi 28 janvier 2017

Sombres songes un soir de ciel en sang...


Certains soirs, Alençon revêt un aspect surnaturel.
Ainsi, au coucher du soleil, certains bâtiments d'aspect innocent, comme la chapelle de l'école Saint-François-de-Sales s'habille de ténèbres alors que le ciel se pare de sang.
De telles visions ont certainement inspiré de nombreux contes, de nombreuses légendes, des peurs innombrables et des histoires effrayantes...
N'est-il pas tentant, en voyant une telle image, de s'imaginer un obscur seigneur vampire régnant sur la région d'Alençon, habillé d'un sombre manteau, songeant à de sombres ensorcellements, entouré de loups-garous et de créatures nocturnes ?


A l'heure où la Lumière disparaît, naissent nos fantasmes les plus secrets, ceux qui nous font frissonner de peur, ceux qui révèlent notre nature purement animale... Ce n'est pas par hasard que le loup-garou ne sort que la nuit.
Quels autres mystères sont donc couvés par la nuit ? Quelles autres angoisses pointent donc dans le rouge du crépuscule et le bleu marine de la nuit ?
Ce n'est point qu'une histoire de fantasmes, c'est aussi l'histoire de notre humanité qui s'est souvent jouée durant de longues nuits d'hiver, ces nuits où les symboles affluent à la surface, tels des totems maudits, véritables glyphes de la pensée magique qui nous habite tous.
Oh, certes, l'âge adulte venant, nous apprenons à domestiquer nos peurs, parfois même à les oublier.

Mais qu'apparaisse un crépuscule sanguinolent, et voilà que resurgissent les spectres de nos nuits infantiles tandis que tremblent les bourgeois sous leurs couvertures chaudes, derrière leurs lourdes portes. La nuit de Sahmain se termine-t-elle vraiment avec le mois de Novembre ?



Saignent les cieux, sur la ville d'Alençon...

mardi 24 janvier 2017

La seconde ombre...


Neuf mois que j'attendais ce moment. Cette photo que vous voyez ci-dessus aura été une longue, très longue affaire de patience...
Tout remonte à ce jour de mars 2016, où, par pure chance je découvris un beau matin l'ombre de la statue du général Leclerc se positionner pile à côté d'une citation forte de sens, prononcée par lui-même, durant la dernière guerre mondiale.
Ayant eu la chance de voir la photo, de la réussir et de la présenter aux dernières féeries de Noël du club photo de Courteille, je m'estimais heureux, mais pas totalement satisfait.
Car en effet, le monument comportait deux citations, chacune se partageant un côté du monument.
Il y avait donc une seconde photo à faire qui n'attendait que deux choses : d'abord une météo idoine, idéale pour projeter une belle ombre, ensuite une orientation correcte de la Terre par rapport au soleil pour que l'ombre soit au bon endroit...

Il me fallut attendre donc neuf mois.

Il s'en est passé, du temps. Il y eut aussi de belles photos entretemps, de quoi m'occuper durablement, d'autant plus que durant ces mois je me découvris une véritable et authentique passion pour la photo, produisant de plus en plus, jusqu'à faire des photos chaque jour, inlassablement, à chacune de mes promenades.
A force de me montrer en ville, d'errer dans les rues d'Alençon l'appareil autour du cou, la besace sur le flanc, les gens du cru commencèrent à me reconnaître, d'une certaine manière à me connaître, dans cette manière si particulière qu'ont les passants de reconnaître des visages qui n'ont de familier que leur récurrence dans la rue.
Certaines personnes m'ont également confondu avec un journaliste local, sévissant à Ouest-France et ayant le même genre d'apparence que moi.
Pourtant, au fur et à mesure du temps, davantage de gens me reconnaissaient en tant que tel et pas comme simple sosie.
Ainsi, certains passants m'ont-ils adressé la parole, intrigués par mon activité récurrente de photographe amateur. D'autres m'adressent parfois un petit regard, un sourire gêné, voyant bien mon occupation et reconnaissant mes traits, mes habitudes.

A force de traîner en ville, neuf mois furent suffisants pour produire un véritable amas de photos d'Alençon, de ses habitants, des détails architecturaux et des paysages urbains insolites surgissant à l'occasion d'une soirée brumeuse...

En bref, neuf mois plus tard, en décembre 2016, plus personne ne s'étonnait de me voir planté là, devant le monument en hommage au général Leclerc, regardant fixement l'ombre se déplacer, adossé à une rambarde, comme s'il y avait eu un spectacle merveilleux devant mes yeux.


L'attente fut longue, mais vraiment satisfaisante.
Ces neuf mois m'apprirent plus sur la photographie, sur les gens, sur Alençon, que tous les livres du monde. A présent, d'autres situations se font désirer sur le long terme. D'autres buts à atteindre d'ici de  longs mois.
N'est-ce pas là tout l'intérêt de la vie ?

vendredi 20 janvier 2017

Bulles de liberté...

Aujourd'hui, le ciel est d'azur et il pleut des bulles de savon.
Un signe d'enchantement discret et raffiné ? Une blague de nos amis lutins ?
Non, il  s'agissait de tout autre chose, cette fois-ci... Quelque chose qui se propageait dans l'air, comme un virus, quelque chose qui tenait à la fois de la contagion émotionnelle et de l'esprit de fête.  Toutefois, ces bulles que je me pris à photographier me disaient autre chose. Elles m'annonçaient un vent de légèreté qui soufflait sur la région, comme une brise de liberté et d'insouciance.
Tout autour de moi à présent, les bulles tombaient. En réalité la ville entière était noyée de bulles, bulles de savons, bulles d'insouciance, bulles-mondes personnels, bulles légères, bulles colorées...
Lorsque, d'aventure, le curieux se tournait côté soleil couchant, les bulles, pareilles à de légers flocons de neige, irradiaient d'une douce intimité l'air ambiant avant de s'éclater en silence sur les pavés du centre-ville ou le bitume des diverses rues d'Alençon.

Oui, bizarrement, dans une ambiance générale si lourde, aujourd'hui le ciel était d'azur et il pleuvait des bulles de savon.

lundi 16 janvier 2017

Un homme sur un pont...


Au-dessus d'une rivière,
Un homme sur un pont.
Une silhouette dans l'air,
Un homme sur un pont.
Perdu dans la brume,
Un homme sur un pont
Il éternue, il a un rhume,
Un homme sur un pont.
Arrêté sur le trottoir,
Un homme sur un pont.
On peine à le voir,
Un homme sur un pont.
Il a soudain disparu,
Cet homme sur son pont.
Tout comme il est apparu,
L'homme sur le pont.
Mirage brumeux,
Cet homme sur un pont ?
Ou preste monsieur ?
Mais au fond...


Qui pouvait-il être ?
Cet homme sur ce pont ?

jeudi 12 janvier 2017

Le Mange-Pierres...


Dans les immensités ténébreuses,
Loin sous la surface de notre monde, 
Résonne la voix, sourde, caverneuse,
Sombre, furibonde, lasse, profonde

Du premier des vieux Mange-Pierres,
Créateur des mers, de l'air, de la lumière,
Arbre du Temps et Arbre de la Mort
Arbre du Dedans, Arbre du Dehors.

Celui-ci m'annonça, une sombre nuit,
Pendant un songe, au fond d'un puits,
Que, grâce à lui, l'Hiver venait
Qu'enfin, le monde renaîtrait

Que Njörd enfin nous dominerait
Qu'enfin, le Froid Blanc recouvrirait
Nos cités, nos enclaves, nos espoirs
Nos beautés, notre vie d'un voile noir :

Celui de nos propres envies cupides,
Celui qui, chaque jour nous rendit avides.
Celui-là qui nous rendra tous livides
Enveloppés dans un linceul, impavides.

Mais, disait-il, il n'était pas trop tard
Pour que souffle le vent de l'Histoire
Et que notre monde prenne le départ
Pour cet avenir que nous voulons voir !






Pourtant, déjà, loin du Mange-Pierres,
A la surface d'un monde sans lumière,
Brûle le feu de tous les espoirs,
Qu'attise le vent de l'Histoire...

dimanche 8 janvier 2017

Invocation tardive...


Je suis la lame qui tranche les ténèbres,
Je suis la flamme qui chasse l'Hiver,
La pierre de feu, le premier cristal.

Je suis le guérisseur, la première ligne,
J'ouvre la voie au Printemps,
Je brûle les promesses d'un été à venir
Je ronge l'Ombre, mange la Mort,

Mais jamais je n'obéis au Froid Blanc.

Apparais devant moi, avatar du Feu, du Sang, du Bruit et de la Magie !





Que veux-tu qu'il arrive ? Ce rituel est ridicule... J'en viens encore à me demander pourquoi j'ai accepté de le faire.
Encore heureux qu'il n'y ait personne dans les rues cette nuit. Si la police passait, je finirais probablement la soirée au CPO...








Bon. De toute façon, je savais que ce n'était qu'une connerie d'adolescent frustré, cette invocation.
De la sorcellerie, de la magie, et puis quoi encore ? Bon, il n'y a plus qu'à...


Salut Gilles !

Aaaaaah ! Vous... vouvous ? Vous êtes qui ?

Ah. Pas de doute, Commode t'a bien retourné le cerveau avec ses sortilèges. Bon, ne bouge surtout pas et regarde-moi bien. Tu vois cette main ?

Oui, quoi...Que ? Aaoutch ! Mais ça ne va pas ?

Comment te sens-tu ?

Bizarrement. J'ai un de ces maux de crâne... Tu... Comment tu m'as retrouvé ? J'ignorais qu'on pouvait t'invoquer ?

Ne sois pas ridicule Gilles, ce n'est qu'une flamme dans la nuit. Juste ce qu'il faut pour te repérer à cent mètres à la ronde. Enfin, pour un lutin comme moi, bien sûr.

Un...un lutin ?

Misère ! Commode t'a bien amoché. Bon, allez. Rentre chez toi, je me charge de ranger ce bazar. Tu retrouveras tes souvenirs le moment venu.
Fais bien attention à toi, mon ami...


J'ai...Comme l'impression d'avoir oublié quelque chose. Quelque chose de très important...

Oui Gilles. Tu avais oublié ceci : l'Hiver est venu. Il est déjà sur nous. Et moi, j'ai besoin de ton aide pour les sortilèges de protection de la région d'
Écouves. Mais on verra ça demain. Pour l'heure, va dormir. Tu m'as l'air plus gris qu'un troll.

Commode... Commode. Il m'a joué un sale tour. Je ne suis plus bon à rien cette nuit. Bonne nuit Ô Lutin de la forêt d'Écouves.



Bonne nuit, Tonton Gilles... Et à très bientôt.

mercredi 4 janvier 2017

Contemplations photographiques...


Un soleil froid se couchait sur la plaine d'Alençon, passant derrière un arbre solitaire avant de rejoindre le monde d'en-dessous...
Un vent froid, un vent d'Est, s'était levé le matin même, chassant toute humidité du ciel normand, purifiant son azur en journée, ses nuances de roux et de marine le soir venu.
Au loin, l'oreille attentive pouvait encore percevoir la rumeur de l'autoroute.
Ma chaussure faisait craquer des brindilles à chaque micro-mouvement dans un bruit sinistre.
Quelque part dans le ciel, des buses paradaient, seigneurs rapaces contre pécores passereaux.
Les ombres s'avançaient. Les couleurs changeaient.
Même l'arbre n'était guère plus qu'une ombre chinoise étrangère à elle-même, réseau de dendrites neuronales  portées par un axone enfoui dans l'humus.
Les hameaux alentour n'étaient qu'une vague présence, celle de la route bitumée dans notre dos.
Entre l'arbre et nous, des rangées de jeunes pousses perçaient timidement la terre, attendant des jours meilleurs...
La haie bordant le champ résonnait timidement du chant de quelques rouge-gorges.



Au-delà, quelque part, la vie suivait son cours.
Loin des contemplations de deux photographes...