jeudi 20 juillet 2017

Qui osera troubler la musique du silence ?


La voûte de la basilique Notre-Dame me toise de toute sa hauteur.
Je ne suis pas venu dans ce majestueux édifice religieux par hasard ou foi. Je la connais bien, cette église, depuis cette période où je photographiais le remontage des orgues baroques du lieu, en véritable snapshoter, témoin discret et encore maladroit de son époque.

La basilique résonne du bruit de mes pas. Le déclencheur de mon appareil fait un raffut infernal à chaque nouvelle prise de vue. Il faut dire que je la connais bien, cette église, même si cette fois-ci c'est armé d'un objectif grand-angulaire que je fais mes prises de vue. Cela faisait un mois entier que j'espérais trouver l'occasion de faire ces photos au grand-angle.

Un couple de fidèles est assis devant moi. Ils me regardent passer avec une indifférence toute normande... Je remarque à cet instant que deux adolescentes se sont isolées dans un coin du transept, affairées avec leurs téléphones tactiles.

Le calme du lieu me saisit alors que j'entreprends une nouvelle photo. Bien que la prise de photos en ces lieux soit parfaitement courante ici, chacun des clac-clac de mon appareil me semble un odieux sacrilège.  Même la lumière filtrant à travers les vitraux me paraît ici plus silencieuse.

Arrivé au milieu de la nef, je lève la tête, soudain saisi de stupeur face à la majesté toujours vivace de la voûte gothique.
Ce n'est pas la puissance de Dieu que je ressentais dans tout mon corps, c'est la grandeur d'une civilisation disparue. Comment croire qu'un Dieu puisse ordonner un tel vertige et ne point développer une inaltérable foi en sa création ?

Mon interrogation, en s'envolant vers la voûte, rebondissant sur les vitraux et éclatant soudain sur une arête de pierre, m'emporte dans des rêveries cosmiques alors qu'un groupe -non, une classe !- de collégiens et leur professeur pousse la porte du lieu saint.

Cohue soudaine, brouhaha rebondissant en échos incessants, agitation frénétique et réprimandes de monsieur le curé semblent ne pas suffire à calmer les adolescents en pleine dissidence face à l'autorité relative du professeur.

Comme une bulle de savon, mes songes se volatilisent en un éclair.
Il ne me reste qu'à sortir avant qu'il ne soit plus possible de s'entendre penser, d'entendre son cerveau cogiter.

Dieux ! Que le silence est une denrée rare...

dimanche 16 juillet 2017

Ivresse...


L'été est ivre.
Oui, l'été est ivre.
Cela fait à présent plusieurs heures que mon ami R.G. et moi arpentons les rues d'Alençon en cette soirée du 21 juin. La foule est dense. Le bruit est permanent. Les lumières, omniprésentes.
Nous fendons tant bien que mal la masse des badauds venus écouter les chanteurs, musiciens et danseurs d'un jour ou de toujours, jouant parfois des coudes, frôlant de nombreux passants trop occupés à faire la fête.

Nous dirigeant vers les extrémités du centre-ville, nous empruntons le Pont Neuf. Depuis ce dernier, nous contemplons les lueurs de la passerelle reliant la Providence à la récente gare du Champ Perrier. Dieux ! Cela ne fait qu'un an et demi que ce parc et cette passerelle existent. Comment faisions-nous auparavant ?

Un peu plus loin, sur le Champ Perrier, une petite scène est installée où une chanteuse Folk aux textes emplis d'humour et de légèreté est religieusement écoutée par un public modeste mais enthousiaste.
Son fils, joueur de guitare, sous l'insistance du public, offre un bis sans sa mère.
Au sol, à quelques coudées de l'estrade, un petit groupe de jeunes adultes est affalé sur le sol, exprimant bruyamment autant sa joie de faire la fête que son  haut degré d'alcoolémie.
Je profite du bis du jeune guitariste, accaparant l'attention de chacun, pour prendre quelques photos.
Curieusement, quelques traces de pieds nus relient ce groupe de jeunes adultes éméchés à la berge de la Sarthe, pourtant plusieurs mètres en contrebas d'une pente quelque peu... raide !

Sous mes yeux, deux d'entre eux se placent innocemment sous un réverbère. Je n'ai pas le temps de réfléchir; mes réglages se font à l'instinct et, dans le pire des cas, mes photos prises en RAW permettront une retouche significative.


Le lendemain matin, à 10h, dans l'atmosphère brûlante d'un appartement aux murs de béton après une semaine de canicule, je m'attelle à développer mes photos numériques.
Une nuée de moucherons ponctue généreusement le réverbère surplombant la scène de la veille... Je ne pouvais rêver mieux.



...Et dire que j'abhorre la foule !

mercredi 12 juillet 2017

Une promenade en barque...


Une  promenade en barque.
Tout alençonnais qui se respecte a déjà arpenté les bords de la Sarthe durant les beaux jours et probablement aussi rêvé qu'un jour il puisse naviguer sur ses eaux calmes.
Or, alors que le printemps moribond laissait précocement la place à un été de feu, une telle occasion s'est présentée à moi. Depuis quelques temps, un auto-entrepreneur propose des tours en barque sur la Sarthe à tous les badauds avides de redécouvrir leur ville. Il n'en fallait pas plus pour me voir embarquer en cette journée de feu, fin juin.

Ainsi, assis au milieu de la barque, discourant avec le capitaine de la modeste embarcation des beautés de la nature, de photographie et de bonne chère, je savoure un moment de grâce. Il n'y a pas de nuages froid dans le ciel, juste l'ombre plaisante des rives, les jeux de lumière sur l'eau et le plaisir d'échanger, loin de l'agitation du quotidien... Alençon est une cité féerique pour quiconque sait l'observer. Et, alors que nous longeons sans un bruit l'arrière de la Rue des Tisons, j'avise un groupe d'arbres et leur reflet dans l'eau.
Plus encore, j'avise les troncs élancés de ces habitants des rives et déclenche la prise de vue.

Un léger vent caresse avec tendresse mes joues à cet instant. Un couple de demoiselles ailées se forme à ma droite. Soudain, le pilote de l'embarcation se fait piquer par un taon. Grommellements.
Aussi étonnant qu'il paraisse, nous n'entendons que les oiseaux chanter, les insectes vrombir et la barque fendre les eaux paisibles de la Sarthe.

Je refais quelques photos, alternant entre contemplation béate et réflexions photographiques.
Deux pêcheurs nous saluent.
A l'endroit de la Fuie des Vignes, nous sommes comme à la campagne.

Le temps suspend son vol.

samedi 8 juillet 2017

Une charrette blanche...


Une charrette blanche.

Le Lutin d'Ecouves et moi-même prenons souvent le temps de nous promener ensemble, chacun équipé de son appareil photo. Lui a une préférence marqué pour son petit hybride Panasonic tandis que, de mon côté, je ne jure que par mon lourd reflex Canon. Peu nous importe au fond, car seuls comptent la créativité, la justesse du cadrage, l'originalité du regard et le plaisir d'user nos chaussures de marche ensemble.

Il fait chaud, ce 14 juin. Nous avons pris, après réflexion, la route vers le Chevain, petite bourgade à un saut de puce d'Alençon. C'eût pu être une promenade de santé comme tant d'autres.
Mais il fait chaud, ce 14 juin.
La descente le long de l'avenue de Courteille, sans presque aucune ombre, puis de la rue Marchand-Saillant jusqu'au pont du Chevain, descente monotone et très urbaine, voit une seconde partie de notre balade la remplacer, entre le pont du Chevain, où commence officiellement cette petite commune, jusqu'au bourg même via une piste cyclable entourée de buissons. Enfin ! Un peu d'ombre... Et pourtant à cette heure encore trop proche du midi, l'ombre tant espérée se fait bien souvent désirer.


Nous arrivons finalement au Chevain. Sympathique commune dont l'immensité de la mairie et de l'arboretum attenant paraissent démesurés en comparaison de la modestie du lieu.

Alors que mon compagnon du jour avise l'ombre salvatrice d'un arbre de la Place, je remarque que les jardiniers communaux n'ont pas chômé : divers charrettes décoratives emplies de fleurs entourent la petite église du village, sise à droite de la mairie.
L'évidence me frappe avec la puissance d'un évangile : ceci ne peut qu'aboutir à une belle image.


A quelques mètres de moi, le Lutin d'Ecouves ne semble pas convaincu...



Et vous ?

mardi 4 juillet 2017

Question de préférence...


Même les photographes touche-à-tout ont leurs préférence...

Le samedi 6 mai 2017, je m'étais embarqué dans une camionnette du centre social de Courteille pour une destination fort loin de ma Normandie natale : l'Extrême-Orient. Enfin, plus exactement le plus grand parc japonais d'Europe, sis à Maulévrier, près de Cholet. Toute une aventure pour le photographe timide et pantouflard que je suis.

Maulévrier. Un parc immense aux accents asiatiques, essentiellement japonais.
Notre club photo s'est dispersé dans les divers chemins du parc. Quelques groupes informels d'amis se créent spontanément, en fonction des affinités et se dissolvent quelques minutes plus tard à l'occasion de points de vue à photographier laissant les uns derrière et les autres devant.

Je sais ce que tout photographe est censé faire dans un parc comme celui-là. L'exercice du jour se prête merveilleusement bien à la photo de paysage; c'est après tout vers un paysage rare que le club photo avait décidé de converger.
Aussi, comme l'ensemble de ses membres, je m'applique à prendre des photos du parc.
Le temps est encore grisonnant de ce matin. Nous sommes en milieu d'après-midi et le soleil commence à peine à percer. C'eût été de toute façon une perte de temps de rester à Alençon, où des trombes d'eau ininterrompues tombèrent toute la journée.

Un ciel gris uniforme n'est que rarement une bonne nouvelle pour un photographe paysagiste. Il peut cependant être une aubaine pour d'autres photographes.
Comme je l'ai dit, j'ai mes préférences. Une de mes préférences est de prendre en photo des branches et feuilles d'arbres surexposés sur fond blanc.
Puisque cette esthétique très japonisante se prête bien au thème de la journée, j'avise un arbre bourgeonnant, effectue mes réglages et déclenche.
L'écran de prévisualisation me satisfait pleinement; cette photo entrera dans mes préférées.





Un mois plus tard, au sein de notre centre social, nous visionnons une sélection d'une dizaine de photos par personne de cette fameuse sortie à Maulévrier.
En voyant ma photo, le professeur du club s'exclame :

Ah ! C'est bien Tonton Gilles, ça !

samedi 1 juillet 2017

Nocturne Alençonnaise...


La Nocturne Alençonnaise...
C'est le rendez-vous à ne pas manquer pour un photographe de rue. Depuis quelques années, les événements de ce type animent la ville, des beaux jours aux nuits précoces de décembre.
Je n'ai jamais su définir ma pratique en tant que photographe; quelque peu touche-à-tout sans être spécialisé nulle part, je suis tout au plus un bon technicien, en tout cas suffisamment pour pratiquer sans trop de gêne dans diverses situations, même nouvelles.
Néanmoins, c'est un fait, si ce soir-là R.G. et moi-même sommes de sortie dans le centre-ville à cette heure, c'est dans l'espoir double de manger un kebab chez Mehmet et de faire de nombreuses photos des animations proposées.
Nous commençons par faire un tour d'horizon des stands installés entre la Grande Rue et la Rue aux Sieurs. Ici, des cracheurs de feu se préparent -il faudra leur rendre visite- et là un souffleur de verre pratique son artisanat devant un public curieux et fasciné par son adresse et son art. Je prends quelques photos, à tout hasard.



Nous continuons notre balade dans la Rue aux Sieurs. Très vite les stands disparaissent de chaque côté de la rue. L'heure bleue est là et bien là. Je décide de prendre quelques clichés de l'ambiance du moment. Une poussette passe devant moi. Tous les piétons marchent dans la même direction, comme un seul homme ! La dernière prise est la meilleure. Je la marque pour ne pas la supprimer par mégarde.

 Nous arpentons quelques mètres encore et décidons d'un commun accord de faire demi-tour.

Qu'Alençon est belle, le soir...

mercredi 28 juin 2017

Canicule...


Quelle après-midi de feu !

Il est bientôt 18h et le soleil, toujours haut, continue de darder ses rayons brûlants sur la ville d'Alençon...
R.G. et moi-même revenons d'une longue marche photographique à travers la ville et les alentours. Malgré notre approvisionnement conséquent en boisson, la soif se fait sentir; nos bouteilles sont toutes vides.
Nous ne sommes d'ailleurs pas seuls à ressentir la douloureuse angoisse de nos organismes déshydratés : tous les bars de la ville sont remplis. Pas une place de libre en terrasse.
Nous décidons de prendre le chemin vers le Café du Théâtre, l'un de nos endroits favoris, et incontestablement le plus apprécié quand il nous prend l'envie de boire un expresso.

Hélas, comme partout ailleurs, le bar est assailli par les badauds assoiffés. La chance est cependant avec nous; alors que nous allions repartir, une place se libère !
Ce n'est pas l'heure de l'apéritif, et nous sommes d'ailleurs à la fois bien trop raisonnables et bien trop fatigués pour boire de l'alcool après une balade de 25 kilomètres. Nous commandons alors chacun un soda d'une célèbre marque rouge et blanche.

Nos bras commencent à prendre des couleurs. Heureusement nous avons le cuir épais et déjà renforcé par de nombreuses marches printanières sous des soleils plus cléments.
Le serveur nous apporte nos consommations. R.G. et moi-même trinquons à notre balade, la plus longue jusqu'alors, sans nous douter que, cinq jours plus tard, nous exploserions ce record de sept beaux kilomètres supplémentaires sous un soleil encore plus caniculaire...

Nos sodas résonnent dans nos corps comme une manne céleste inespérée. La fraîcheur de nos boissons et le pétillant du gaz carbonique sautant à la surface de nos verres sont autant d'instants de félicité.

Il ne me reste plus beaucoup à boire. Je me laisse tenter par cet étrange plaisir de manger le restant des glaçons, croquant à pleines dents ces petits icebergs. Chaque miette tombant dans ma gorge exalte un peu plus mon corps en pleine surchauffe. Je suis pleinement satisfait de moi.
R.G. m'adresse un sourire et quelques rêveuses réflexions...


Nous allons prendre un second soda...