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dimanche 24 décembre 2017

Ragnarök !

Ton âme est à moi !

Un voile noir saisit Gilles, prostré au sol, alors que Commode le saisissait, plaquant ses mains crochues sur son front et vissant son regard de glace dans ses yeux dorés...

Le monde des Ombres l'appelait.

De la Place Lagmadelaine, de sa piste de luge, ses bancs, ses pavés et ses badauds en retard pour leurs courses de Noël, où ces deux ennemis mortels s'étaient rencontrés, ne subsistait plus qu'un chaos de pierres et de flammes... Et la Basilique, pivot mystique de cet interminable Hiver qui se répandait dorénavant alentour.

Ne résonnaient plus aux oreilles du Change-Peau que le rythme lent de son propre cœur et le glas de son existence...

Aiya  Eär...endil...el..


Eh bien, Gilles, que marmonnes-tu donc ? Parle ! Tu n'en auras bientôt plus l'occasion, dans l'Enfer du Vénéré Klaus. Ceci est ton moment !

Rapprochant la tête de sa victime près de son oreille, Commode savourait ce moment d'ultime faiblesse qui précédait toujours le trépas, cet instant si délicieux où l'âme de ses proies s'échappait de leurs yeux, happées puis digérées par ses entrailles maléfiques.


Gilles eut un spasme, un filet de sang coula à la commissure de ses lèvres. Au moment où le blanc de ses yeux semblait luire de sa propre énergie, quatre mots retentirent du fond de sa gorge d'une voix rauque mais soudainement puissante, et Commode le sut : il était échec et mat.


Aiya Eärendil elenion ancalima ! 


 Son hurlement retentit au-delà du temps et de l'espace. Commode, comme maudit, lâcha brutalement sa proie et se tint les tempes comme devenu fou. Son regard roulait, sa pupille pulsait, et sa sclère se remplissait de son sombre sang.

Péniblement, Gilles se relevait. Le monde des ombres s'atténuait autour de lui. Commode le regardait fixement. Mais voyait-il encore ?

Dix-huit heures trente sonnèrent.



Eh bien... nous y sommes, Commode. Tu attendais ce moment... depuis tant d'années. Toi qui rêvais de me tanner... Toi qui espérais me réduire... à moins que vivant... J'espère que tu es heureux à présent... Dans tes propres ténèbres.


Que m'as-tu fait, Gilles ? Quelle sorcellerie est-ce là ? Maudit sois-tu !

Je ne t'ai rien fait, Commode... Nous sommes à la croisée des chemins... je n'ai fait que susurrer à ta mémoire... qu'enfin il arrive...

Quoi ? Quoi ? Qui arrive ..? Aaaah ! Tu... Cette lumière dans... Ma tête !


Oui, Commode... C'est la lumière du Ragnarök.



Joyeuses fêtes à tous !
Puisse la Lumière revenir en ces jours sombres...

mardi 16 mai 2017

Mise au point printanière...


Salut Gilles ! Ça fait longtemps que tu n'étais pas passé nous voir ! Comme d'habitude ?

Non, juste une grenadine. Theud Rik est là ?

Dans l'arrière-salle, à sa place habituelle. Mais tu n'es pas encore en train de nous préparer un été de feu, hein ?

J'ai mieux à faire, Helsing !

Allez, une grenadine pour le sieur Gilles. Il n'est pas là l'autre lutin ?

Eh ! Un peu de respect, Helsing ! Tu sais que tu parles au chef des lutins d'Ecouves, quand même ?

Oh, excuse-moi, Theud. B...Bon je vous laisse...

Quel lourdaud, celui-là. Quand il ne sert pas son jus de chaussette imbuvable, il s'amuse avec les succubes qui fréquentent son bar... Je me demande ce qui me retient de le signaler à la Brigade des Trolls. Passons. Quel est le but de ta visite, Gilles ?

J'ai... Un cas de conscience, Theud.

C'est à dire ?


Eh bien, tu sais, j'ai l'impression qu'Odin roule secrètement pour les divinités du Sud. Et qu'il m'a manipulé pour faire de moi son arme face à Njörd. Pour le coup, si Commode avait été tué l'hiver dernier, qui sait ce qui serait advenu de notre paix ?

Gilles, tu me sembles bien naïf. Évidemment qu'Odin roule pour les divinités du Sud. C'est même plutôt un moindre mal compte tenu de la personnalité de ses adversaires. Mais le Printemps est là, et il n'est pas près de disparaître. Grâce à toi, on a pu avoir un peu de répit. Et puis, tu connais les prophéties aussi bien que moi : la bataille entre le Nord et le Sud n'aura lieu qu'au temps du Ragnarok. On n'est pas rendus. D'ici à la fin des temps, ton rôle, notre rôle est de maintenir l'équilibre dans cette région. Quitte à effectivement nouer des alliances contre-nature ou trahir le camp qu'on avait servi l'année précédente.
Ce n'est pas important qu'il t'ait manipulé. Nous sommes tous les pantins des dieux. Et pourtant, sans nous, ce serait la guerre civile. Car il y a plus puissant que les dieux...


Plus puissant que les dieux ? Qu'y a-t-il de plus puissant qu'eux ? Je me demande bien.

Le Destin, Gilles, le Destin...

samedi 11 février 2017

Armistice hivernal...


...Je vous avais dit que nous nous reverrions, Gilles.
Et moi je n'ai pas aimé votre sale tour ! De quel droit avez-vous osé me faire ça ? Vous le savez bien, tôt ou tard j'aurais retrouvé la mémoire. Dommage pour vous, ce fut tôt. Maintenant, réglons nos comptes pour cette année Commode ! Préparez-vous !

Non. Nous sommes quittes pour cette fois.
Pardon ?
Oui, nous avons déjà réglé nos comptes la dernière fois où nous nous sommes vus. Vous devez avoir encore quelques trous dans vos souvenirs, mais lorsque j'ai attaqué votre mémoire, vous avez failli me tuer en représailles.
Vous tuer, Commode ? Mon seul regret aura été de ne pas avoir réussi !
Et le mien aura été de n'avoir pas trouvé plus tôt votre tanière de Change-Peau, Gilles ! Mais tout ceci a changé. Nous avons failli nous étriper définitivement dans un combat qui risquait de creuser un cratère au sommet de la Butte Chaumont. Si vos amis lutins d'Écouves ne nous avaient pas arrêtés, c'eût été un hiver de cendre qui se serait alors installé sur la région.
Et j'ai obtenu en fin de compte une belle vengeance. A présent, l'ensemble des exorcistes et autres chasseurs de bêtes surnaturelles de la région savent qui vous êtes, où vous vous terrez, les nuits de pleine Lune. Vous n'allez avoir aucun répit.

Gnome malfaisant ! Il me reste encore à vous rendre la pareille !
Vous avez failli me déchiqueter, Gilles ! Et à cause de vous, cet Hiver est un échec. J'ai passé deux semaines à récupérer sous les racines d'un sapin au lieu de travailler pour mon Seigneur, le Vénéré Maître du Froid. Croyez-le, je l'ai payé chèrement. Nos incessantes querelles sur la domination du Vénéré Klaus en Normandie ne valaient pas un tel déchaînement de haine. Rappelez-vous : nous sommes des créatures de même nature. Nous avons besoin des Dieux, et ils ont besoin de nous. Qu'arriverait-il si l'équilibre au sein des panthéons divins était affecté par la mort du Vénéré Klaus ou de votre ami Bruno ? Sans chaos, aucune vie n'est possible. Nos divergences ne méritent pas un combat à mort. J'aurais d'ailleurs pu vous tuer après avoir blessé votre mémoire.
Partez, Commode. Partez, vous et vos manigances, vos mensonges, vos faux-semblants et votre ton mielleux ! Nous savons tous deux comment cela finira, en fin de compte. Tôt ou tard, Commode !

 Tôt ou tard...

dimanche 8 janvier 2017

Invocation tardive...


Je suis la lame qui tranche les ténèbres,
Je suis la flamme qui chasse l'Hiver,
La pierre de feu, le premier cristal.

Je suis le guérisseur, la première ligne,
J'ouvre la voie au Printemps,
Je brûle les promesses d'un été à venir
Je ronge l'Ombre, mange la Mort,

Mais jamais je n'obéis au Froid Blanc.

Apparais devant moi, avatar du Feu, du Sang, du Bruit et de la Magie !





Que veux-tu qu'il arrive ? Ce rituel est ridicule... J'en viens encore à me demander pourquoi j'ai accepté de le faire.
Encore heureux qu'il n'y ait personne dans les rues cette nuit. Si la police passait, je finirais probablement la soirée au CPO...








Bon. De toute façon, je savais que ce n'était qu'une connerie d'adolescent frustré, cette invocation.
De la sorcellerie, de la magie, et puis quoi encore ? Bon, il n'y a plus qu'à...


Salut Gilles !

Aaaaaah ! Vous... vouvous ? Vous êtes qui ?

Ah. Pas de doute, Commode t'a bien retourné le cerveau avec ses sortilèges. Bon, ne bouge surtout pas et regarde-moi bien. Tu vois cette main ?

Oui, quoi...Que ? Aaoutch ! Mais ça ne va pas ?

Comment te sens-tu ?

Bizarrement. J'ai un de ces maux de crâne... Tu... Comment tu m'as retrouvé ? J'ignorais qu'on pouvait t'invoquer ?

Ne sois pas ridicule Gilles, ce n'est qu'une flamme dans la nuit. Juste ce qu'il faut pour te repérer à cent mètres à la ronde. Enfin, pour un lutin comme moi, bien sûr.

Un...un lutin ?

Misère ! Commode t'a bien amoché. Bon, allez. Rentre chez toi, je me charge de ranger ce bazar. Tu retrouveras tes souvenirs le moment venu.
Fais bien attention à toi, mon ami...


J'ai...Comme l'impression d'avoir oublié quelque chose. Quelque chose de très important...

Oui Gilles. Tu avais oublié ceci : l'Hiver est venu. Il est déjà sur nous. Et moi, j'ai besoin de ton aide pour les sortilèges de protection de la région d'
Écouves. Mais on verra ça demain. Pour l'heure, va dormir. Tu m'as l'air plus gris qu'un troll.

Commode... Commode. Il m'a joué un sale tour. Je ne suis plus bon à rien cette nuit. Bonne nuit Ô Lutin de la forêt d'Écouves.



Bonne nuit, Tonton Gilles... Et à très bientôt.

dimanche 4 décembre 2016

Commérages au coin de la rue...


-...Et il paraît donc que la grande-tante à Eustache, -Tu sais, le neveu par alliance de Gustave, celui qui s'est marié à la demi-sœur de Camille- tu me croiras ou pas, mais elle s'est retrouvée au commissariat pour complicité de braconnage. Elle et son mari ont été retrouvés avec un marcassin vivant dans le coffre de leur voiture !

- Tout de même, quelle famille ! Heureusement, la nôtre n'est pas comme ça. De toute façon, je te l'ai toujours dit : les Bessac sont une famille d'originaux qu'on ferait tous mieux de ne pas fréquenter et... mais d'ailleurs, qu'en est-il de ton fils ? Celui qui s'est mis à la photo ? Il paraît qu'on le voit rôder à des heures indues dans les rues d'Alençon. Je ne veux pas dire, mais j'ai peur qu'il file un mauvais coton...

- Eh bien, d'après ce que j'en sais, mon fiston assiste un prof de photographie dans un club photo. J'imagine qu'il s'entraîne tous les jours avec son appareil. Mais tout de même, j'aurais préféré qu'il ait un vrai métier. C'est pas avec ces bêtises qu'il va gagner sa vie, mais bon... Que veux-tu que j'y fasse ?

- Je ne veux pas paraître indiscrète, ou me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais il paraît que ton fils -enfin, c'est ce qu'on m'a dit- aurait quelque chose à voir dans la disparition inquiétante d'un promeneur en forêt d'Écouves. On raconte qu'un chasseur l'a vu partir de la scène de crime à Radon. De loin bien sûr, mais ça expliquerait pourquoi ce 16 juillet de l'an dernier il n'était pas au repas de famille...

- Gilles ? Lié à cela ? Allons sœurette ! Tout ceci n'est qu'un ramassis d'âneries, des rumeurs sans fondement ! J'ai déjà assez à faire avec ces grenouilles de bénitier qui le soupçonnent d'être un loup-garou ou un change-peau ou je ne sais quoi ! Il attire juste l'attention parce qu'il est différent !

- Moi, ce que j'en dis, c'est des rumeurs, hein... Mais tu connais l'adage : Il n'y a pas de fumée sans feu.

vendredi 1 janvier 2016

Présage...


Alors que les fêtes de fin d'année se terminaient, alors que le Nouvel an s'était présenté il y a maintenant un beau couple d'heures, Gilles arpentait les allées d'Alençon, plongées dans cette atmosphère orangée propre aux villes la nuit.
Il atteignit la Place du Point du Jour, et en un pas, la nuit fut complète. Les lampadaires s'éteignirent tous d'un coup...
C'est alors qu'il vit le présage qu'il était vraisemblablement venu chercher en cette place précise.
Devant lui, le vieil arbre rabougri que tous connaissaient pour manger un espace de parking pourtant bienvenu les jours d'affluence... Ce vieil arbre irradiait de blancheur éclatante !
Son écorce d'ordinaire grisâtre luisait de la douce lumière de la Lune, comme si cette dernière elle-même était venue s'incarner dans ce bout de bois abîmé.
Doucement la lumière revenait dans la place. Déjà quelques guirlandes s'étaient rallumées... La scène ne faisait pas que confiner au féerique, car en cet instant, à n'en point douter, Tsukiyomi, la déesse lunaire, apportait à Gilles une occasion d'entrer en contact avec les rares forces mystiques encore bien vigoureuses qui existaient par-delà la pensée et le temps.

S'accroupissant pour déposer son offrande, -cinq branches d'aubépine et une feuille de houx- Gilles sentit un rayon lunaire s'arrêter sur son front et illuminer sa vieille cicatrice en forme de croissant...

Il me serait très fastidieux de vous expliquer combien cette cicatrice était importante dans l'histoire de notre ami Gilles, mais pour résumer, je puis vous dire qu'elle n'est pas pour rien dans la dextérité de ce dernier dans les arts mystiques les plus divers, particulièrement lors de situations semblables à celle-ci.

Alors que Gilles s'évanouissait dans les ombres orangées de la place et dissimulait son visage dans son antique capuchon, la lumière des lampadaires revint petit à petit, comme attendant le signal de son départ pour réinvestir les lieux.

Indubitablement, Gilles est bien de ces êtres magiques qui arpentent encore en secret la Terre. Moi qui ai la chance de le compter parmi mes amis, qui plus est parmi mes amis proches, je ne connais point encore tout de lui... Simplement ce qu'il accepte de m'en conter. Peut-être vous conterai-je un jour notre rencontre entre deux chênes... C'était il y a fort longtemps. En des jours moins sombres...

Et pourtant, même quand nous nous rencontrons par hasard, ou que je l'aperçois au loin, je puis m'estimer heureux qu'il existe un tel être dans les environs, car, chaque hiver, même les simples êtres  surnaturels sentent bien les combats qui se déroulent à huis clos, loin des apparences.


Un tel présage semble augurer du meilleur pour la suite, me disais-je... Puisse cette nouvelle année nous apporter la liberté, à nous autres les sylvestres et autres sylvains d'Écouves.


Bonne année 2016 !