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mercredi 16 août 2017
Un lutin dans la ville...
Les lutins aussi aiment se promener en ville.
N'en déplaise à cette espèce surnaturelle de sylvestres, je connais un très aimable Lutin qui m'accompagne régulièrement dans les rues d'Alençon, en quête du cliché parfait.
En vérité, obtenir le cliché parfait c'est comme obtenir une information parfaitement fiable sur internet : peu importe notre acharnement, nous savons tous que c'est impossible.
Ce n'est donc pas de la photo parfaite que ce billet va vous entretenir, mais d'un de ces accidents photographiques desquels résultent une image intéressante.
Il se trouve que je prête régulièrement certains de mes objectifs à mon meilleur ami, R.G., dont je vous ai longuement parlé à plusieurs reprises. Récemment, et comme souvent, ce dernier m'avait emprunté mon 50mm, un objectif très prisé des photographes amateurs pour sa polyvalence et son incroyable luminosité. Le hasard fit que cet emprunt, qui devait n'être que de quelques heures, aboutit finalement à une durée d'emprunt de plusieurs jours, ce qui ne me gênait nullement mais commença à créer une certaine impatience de réutiliser cet objectif, trop souvent vissé sur mon vieil argentique.
C'est donc par une journée nuageuse de juillet que je le récupérai et me mis en tête de faire quelques photos avec, accompagné du Lutin.
Un tel objectif s'apprivoise généralement plutôt vite, mais il n'est pas toujours évident de réaliser que ses capacités étendues de réglages de la profondeur de champ ne sont pas nécessairement adaptées à la photo de rue.
C'est donc sans grand espoir de faire maintes et maintes photos que nous nous promenions dans le quartier Saint-Léonard, quartier historique d'Alençon s'il en est.
Alors que nous remontions une des rues vers le centre-ville, j'avisai un plan potentiel, agrémenté d'un Lutin rouge et blanc. Sans guère d'enthousiasme, je dois l'avouer, car le décor n'était guère palpitant et j'imaginais déjà supprimer la photo résultante le lendemain matin, blasé de cet échec.
Pourtant, à cinq mètres de distance, avec une profondeur de champ qui, par chance et par erreur, se trouvait être minimale donna un flou intéressant, détachant très nettement mon Lutin de coeur du décor, renforçant les couleurs vives qui l'habillaient.
C'est ainsi que le lendemain, aux aurores, je me jurai d'utiliser plus souvent ce 50mm pour la photo de rue.
L'intérêt d'une photo tient à si peu de choses...
dimanche 8 janvier 2017
Invocation tardive...
Je suis la lame qui tranche les ténèbres,
Je suis la flamme qui chasse l'Hiver,
La pierre de feu, le premier cristal.
Je suis le guérisseur, la première ligne,
J'ouvre la voie au Printemps,
Je brûle les promesses d'un été à venir
Je ronge l'Ombre, mange la Mort,
Mais jamais je n'obéis au Froid Blanc.
Apparais devant moi, avatar du Feu, du Sang, du Bruit et de la Magie !
Que veux-tu qu'il arrive ? Ce rituel est ridicule... J'en viens encore à me demander pourquoi j'ai accepté de le faire.
Encore heureux qu'il n'y ait personne dans les rues cette nuit. Si la police passait, je finirais probablement la soirée au CPO...
Bon. De toute façon, je savais que ce n'était qu'une connerie d'adolescent frustré, cette invocation.
De la sorcellerie, de la magie, et puis quoi encore ? Bon, il n'y a plus qu'à...
Salut Gilles !
Aaaaaah ! Vous... vouvous ? Vous êtes qui ?
Ah. Pas de doute, Commode t'a bien retourné le cerveau avec ses sortilèges. Bon, ne bouge surtout pas et regarde-moi bien. Tu vois cette main ?
Oui, quoi...Que ? Aaoutch ! Mais ça ne va pas ?
Comment te sens-tu ?
Bizarrement. J'ai un de ces maux de crâne... Tu... Comment tu m'as retrouvé ? J'ignorais qu'on pouvait t'invoquer ?
Ne sois pas ridicule Gilles, ce n'est qu'une flamme dans la nuit. Juste ce qu'il faut pour te repérer à cent mètres à la ronde. Enfin, pour un lutin comme moi, bien sûr.
Un...un lutin ?
Misère ! Commode t'a bien amoché. Bon, allez. Rentre chez toi, je me charge de ranger ce bazar. Tu retrouveras tes souvenirs le moment venu.
Fais bien attention à toi, mon ami...
J'ai...Comme l'impression d'avoir oublié quelque chose. Quelque chose de très important...
Oui Gilles. Tu avais oublié ceci : l'Hiver est venu. Il est déjà sur nous. Et moi, j'ai besoin de ton aide pour les sortilèges de protection de la région d'Écouves. Mais on verra ça demain. Pour l'heure, va dormir. Tu m'as l'air plus gris qu'un troll.
Commode... Commode. Il m'a joué un sale tour. Je ne suis plus bon à rien cette nuit. Bonne nuit Ô Lutin de la forêt d'Écouves.
Bonne nuit, Tonton Gilles... Et à très bientôt.
samedi 20 août 2016
Conversations amicales un jour d'été...
Ah ! Que j'aime Alençon en été, mon cher ami lutin. Il n'y a guère qu'ici qu'on peut voir de tels décors à la fois urbains et champêtres. Et pour l'instant, notre cher Njörd est embastillé, enchaîné, réduit à l'impuissance ! Il était temps, je commençais à désespérer du climat normand. Mais dis-moi, que fais-tu ici ? Je te croyais trop heureux dans ta forêt ?
Tu sais, Gilles, il y a beaucoup à faire avec l'été qui bat son plein. Tiens, par exemple, il faut semer les champignons pour l'automne prochain, abreuver les jeunes pousses qui ne se sont pas fait écraser ou manger par un chevreuil, réenchanter les ruisseaux qui parcourent Écouves pour attirer les Surnaturels nouveaux-venus, surveiller la population de ragondins afin qu'ils ne se multiplient pas trop, aider nos femmes à accoucher de nos enfants... Non, honnêtement, si je ne m'offrais pas de vacances de temps en temps par chez vous, je dépérirais de ne plus faire de blagues aux humains...
Allons bon, et quel genre de blagues fais-tu ?
Oh, cela dépend de mon humeur du jour. Tiens, hier j'ai dégonflé les pneus de la voiture d'un DRH un peu trop enthousiaste à l'idée de partir en vacances. Et il y a deux jours j'ai caché un chaton dans un placard rempli de victuailles. Oh, et si tu cherches tes chaussettes préférées, eh bien... J'espère que tu aimes les cataplasmes à la moutarde...
Mais ? Mais tu oses ? Décidément, je ne m'habituerai jamais à ton humour lutinesque... J'aurais pensé que la résolution actuelle du conflit avec Njörd t'aurait incliné à plus de camaraderie avec moi.
Ne t'y trompe pas, Gilles, je suis empli de camaraderie à ton égard. Mais c'est comme ça qu'on affirme notre amitié, entre lutins. On se fait des farces. Plus ou moins drôles, certes. Du moment qu'il n'y a pas de dégâts pérennes, c'est que tout va bien entre nous. Et puis nous ne sommes pas les seuls à nous amuser chez vous. Il y a aussi quelques trolls, sans oublier la fée des dents. Celle-là, elle fait exprès de laisser traîner des miettes de pain sur les moquettes de ceux qui ne lui ont pas offert de dents de lait depuis trop longtemps. Bon, d'habitude les gens se contentent de passer l'aspirateur, certes. Jusqu'au jour où elle perce le sac à poussières... Bref, rien de méchant à l'horizon, Gilles.
Néanmoins tu devrais un peu plus te méfier. Tu as entendu les rumeurs qui circulent à ton égard à Radon ? Tu ferais mieux de changer de terrier, pour les jours de pleine Lune. S'ils te trouvent un jour, ils te feront passer un mauvais quart d'heure. Et Commode n'est toujours pas revenu au Grand Nord, à ce qu'il paraît.
C'est vrai... Mais je ne me laisserai pas gâcher un bel été pour de telles broutilles.
Prends garde quand même, Gilles. L'été ne durera pas. Tu sais ce qu'on dit...
Oui. L'hiver vient.
lundi 1 août 2016
Évasions de lutins...
R'gardez ça, monsieur l'agent ! C'est le douzième lutin qui s'échap' d'la clôture cette semaine. J'ai pourtant tout fait comme vous m'avez dit : l'eau bénite sur les clapiers à lutins, r'fait l'grillage deux fois c'te semaine. Ça me r'vint cher c't'histoire !
Tout ça, c'est la faute à c'te bestiau qui a chourré mes deux boucs l'hiver dernier. D'puis ce jour, bon dieu, j'ai qu'des problèmes avec mes lutins !
C'est entendu, monsieur Bireau. Nous allons faire notre possible pour vous aider, mais avant tout... Vous pourriez me décrire cette bête qui a subtilisé vos boucs ?
Ben oui m'ssire ! C'était une grosse ombre, a'c des poils comme ça !
Vous voulez dire : un ours géant, peut-être ?
Oui ! Voilà, une sorte d'ours géant. Mais il était pô normal. Ses yeux... Jaunes comme de l'or. Pis furieux. Mais c'est pas le pis !
Qu'est-ce donc, monsieur Bireau ?
Le pis, comme on dit, c'est qu'il étions pas du tout normal, c't'ours. J'y ai déchargé cinq cartouches de chevrotine mais j'ai pas percé sa piau. Les plombs, j'les ai ramassés le lendemain. J'ai même perdu six poules qui en ont gobé comme des demeurées... Dites, vous pourrez vraiment retrouver mes lutins ? C'est qu'j'ai besoin d'eux pour faire tourner mon exploitation...
Nous verrons, monsieur Bireau. De toute évidence, vous ne respectez qu'à moitié la circulaire du Saint Siège au sujet de l'élevage de lutins. En plein air, enfin... C'est une erreur de débutant qui pourrait vous coûter votre accréditation auprès du Pape. Mes confrères et moi-même n'apprécions guère la maltraitance envers les lutins de ferme. C'est mauvais pour l'image de mes supérieurs auprès de ce petit peuple.
Vous z'êtes pas grand non plus, m'sire. Sans vous offenser hein. Et vous travaillez pour not' Saint Père. Rejetez pas la faute sur moué non plus... J'y suis pour rien si vos bénédictions sont d'la cam'lote avec les lutins.
Notre soutien à votre exploitation est de qualité. Simplement, il se peut qu'une part non-négligeable de votre problème vous échappe. Soyez gentil, à l'avenir, appelez-nous pour des problèmes plus graves que vos lutins. Mes affaires sont plus importantes que votre élevage... Et si vous aviez la gentillesse de renforcer vous-même votre grillage, peut-être que l'ours poilu viendrait moins souvent. Par ailleurs, cela m'aiderait dans sa traque si vous arrêtiez d'en parler à tout Radon à longueur de journée.
Mais... M'sire Farceur... J'suis pô l'seul à l'avoir vu dans l'coin. Si la moitié du village en parl', c'est p'têt pasqu'il habit' les environs. Doit avoir une tanière... P'têt dans l'chemin des chèvres... On y trouv' parfois d'drôles de poils. Épais. Pis noirs comme la mort...
jeudi 25 décembre 2014
Voici le lutin de Noël !
Au bord de l'Eau, un petit peuple vivait en toute discrétion parmi les herbes basses, les brindilles et les racines des paisibles peupliers, hêtres, chênes, pins, épicéas et autres saules habitant cette zone humide, organisée par la main de l'Homme.
Ce petit peuple était à la fois tout pour ce lieu et rien de significatif.
Il n'était rien de significatif car il redoutait plus que tout la vue des gros balourds d'humains que nous étions, prompt à disparaître en silence, le pas léger. Et il était pourtant tout en ce lieu, car sans ce petit peuple, point de renaissance des végétaux au printemps, point de floraison parmi les herbes, de ces si belles marguerites ou de ces pissenlits dont les petits d'humains raffolent. Sans eux, les arbres se desséchaient, les buissons s'étiolaient, les herbes se raréfiaient et les écureuils, lapins et castors s'en allaient chercher fortune ailleurs.
Le petit peuple en question était un de ces peuples féeriques dont il est fait mention dans de vieux contes nordiques, de ces pays où l'on estimait encore récemment que fées et esprits malins participaient à leur manière à la marche du monde.
Il s'agissait du petit peuple des lutins.
Chaque année, à chaque solstice d'hiver, les lutins des champs, les lutins des rivières et les lutins des forêts se rassemblaient sous les racines d'un vieux hêtre tortillard bien connu des environs et chantaient de leur petite voix mélodieuse des chants traditionnels de leur peuple. Ah, si vous aviez déjà entendu un tel chant, vous auriez eu un aperçu de la beauté intemporelle de ces elfes minuscules.
Ce n'est qu'au jour de Noël, après quatre jours entiers de chants, que chance pouvait être humainement donnée d'entr'apercevoir un lutin rentrant chez lui.
Les lutins des forêts, les plus primesautiers, se balançaient de branche en branche, parfois sur des dizaines de mètres, ils s'élançaient dans les airs à une vitesse folle. Pour les apercevoir, il fallait avoir la tête dans les nuages.
Les lutins des campagnes, solides marcheurs, galopaient à une vitesse folle sur les chemins de gravier et de bitume. Difficile de ne pas les confondre avec quelque hallucination conséquente à un chapon trop solidement ancré dans l'estomac.
Les lutins des rivières, eux, étaient les plus discrets de tous, passant leur temps en apnée sous la surface ou à dos de poule d'eau, entre deux duvets de plume.
Mais bref, c'est à propos des lutins des rivières que je voulais arriver, car me voici apte à prouver au monde entier leur existence, après tant de siècles relégués aux contes pour enfants. Enfin les voici revenus au monde.
Balivernes, sornettes, sottises d'enfant trop longtemps bercé par les contes à dormir debout me répondrez-vous ? Qu'en savez-vous ? Ce petit peuple ne survit encore que parce que, comme tout être féerique, il a besoin qu'on croie en eux pour exister.
Vous prétendez donc que tout cela n'est que pure invention de la part d'un esprit un peu trop rêveur ? Mais n'avez-vous donc pas vu ce cliché ? Ne voyez-vous donc pas le jeune lutin des rivières qui s'ébroue vigoureusement sur la berge ? Êtes-vous donc à ce point aveugles pour ne pas savoir contempler la vérité nue ? Le féerique ne signifie-t-il donc plus rien à vos yeux ?
Les lutins existent, ceci en est la preuve !
Il ne tient qu'à vous de les voir...
Ce petit peuple était à la fois tout pour ce lieu et rien de significatif.
Il n'était rien de significatif car il redoutait plus que tout la vue des gros balourds d'humains que nous étions, prompt à disparaître en silence, le pas léger. Et il était pourtant tout en ce lieu, car sans ce petit peuple, point de renaissance des végétaux au printemps, point de floraison parmi les herbes, de ces si belles marguerites ou de ces pissenlits dont les petits d'humains raffolent. Sans eux, les arbres se desséchaient, les buissons s'étiolaient, les herbes se raréfiaient et les écureuils, lapins et castors s'en allaient chercher fortune ailleurs.
Le petit peuple en question était un de ces peuples féeriques dont il est fait mention dans de vieux contes nordiques, de ces pays où l'on estimait encore récemment que fées et esprits malins participaient à leur manière à la marche du monde.
Il s'agissait du petit peuple des lutins.
Chaque année, à chaque solstice d'hiver, les lutins des champs, les lutins des rivières et les lutins des forêts se rassemblaient sous les racines d'un vieux hêtre tortillard bien connu des environs et chantaient de leur petite voix mélodieuse des chants traditionnels de leur peuple. Ah, si vous aviez déjà entendu un tel chant, vous auriez eu un aperçu de la beauté intemporelle de ces elfes minuscules.
Ce n'est qu'au jour de Noël, après quatre jours entiers de chants, que chance pouvait être humainement donnée d'entr'apercevoir un lutin rentrant chez lui.
Les lutins des forêts, les plus primesautiers, se balançaient de branche en branche, parfois sur des dizaines de mètres, ils s'élançaient dans les airs à une vitesse folle. Pour les apercevoir, il fallait avoir la tête dans les nuages.
Les lutins des campagnes, solides marcheurs, galopaient à une vitesse folle sur les chemins de gravier et de bitume. Difficile de ne pas les confondre avec quelque hallucination conséquente à un chapon trop solidement ancré dans l'estomac.
Les lutins des rivières, eux, étaient les plus discrets de tous, passant leur temps en apnée sous la surface ou à dos de poule d'eau, entre deux duvets de plume.
Mais bref, c'est à propos des lutins des rivières que je voulais arriver, car me voici apte à prouver au monde entier leur existence, après tant de siècles relégués aux contes pour enfants. Enfin les voici revenus au monde.
Balivernes, sornettes, sottises d'enfant trop longtemps bercé par les contes à dormir debout me répondrez-vous ? Qu'en savez-vous ? Ce petit peuple ne survit encore que parce que, comme tout être féerique, il a besoin qu'on croie en eux pour exister.
Vous prétendez donc que tout cela n'est que pure invention de la part d'un esprit un peu trop rêveur ? Mais n'avez-vous donc pas vu ce cliché ? Ne voyez-vous donc pas le jeune lutin des rivières qui s'ébroue vigoureusement sur la berge ? Êtes-vous donc à ce point aveugles pour ne pas savoir contempler la vérité nue ? Le féerique ne signifie-t-il donc plus rien à vos yeux ?
Les lutins existent, ceci en est la preuve !
Il ne tient qu'à vous de les voir...
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