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lundi 12 juin 2017
Lik'Orne...
- ... Et à ce moment-là, elle surgira sur scène, peinte en rose et violet, montée par Edrik. Là le technicien lancera les flammes et les feux de Bengale. Vous, vous resterez en arrière pour vous assurer qu'elle ne disparaîtra pas. Ça va être du tonnerre et grâce à vous, nous ferons les premières pages de l'ensemble des journaux de Metal ! Ça va ? Vous êtes prêts ?
- Je n'ai jamais été d'accord pour cette mascarade, Ragnar. Ces créatures ne sont pas censées être des monstres de foire, encore moins des montures pour metaleux barbus de 150 kg ! Vous êtes conscient des risques que vous faites prendre à votre bassiste ?
- Y a pas plus pur d'âme qu'Edrik, monsieur. Baptême, première communion, confirmation, enfant de choeur et tout le tralala... C'est à se demander comment il a fini par devenir un si grand joueur de pagan metal !
- Mouais... Je vous rappelle que ces bêtes n'aiment pas trop les effluves de houblon et votre Edrik a tendance à en vider un petit litre avant chaque concert... La bière est peut-être bonne pour la récupération, mais en ce qui me concerne, je vais avoir beaucoup de mal à ne pas la faire ruer.
- Ne dites pas de bêtises ! Vous êtes le meilleur de toute la Normandie en matière de contrôle mental. Ce sera facile pour vous... Et puis vous aussi, vous serez à l'affiche demain matin. Le monde des Surnaturels ne va parler que de vous après ça !
- Estimez-vous heureux d'avoir de meilleurs moyens de pression que la bière et la gloire pour m'avoir poussé à accepter, vil félon... Vous le savez, tôt ou tard j'aurai ma vengeance. Je me venge toujours...
- Peut-être, mais en attendant, c'est moi qui mène la danse ! Alors profitez du temps qu'il vous reste pour la soumettre. Faites-vous une migraine s'il le faut !
- ... Très bien. Mais ne comptez pas l'utiliser pour un de vos rituels déjantés; après le concert je la relâche en Ecouves, là où elle n'aurait jamais dû être capturée.
- C'était une exception ! Une telle aubaine ne se renouvellera pas de sitôt. Et que serait notre festival si nous rations une pareille mascotte ?
Après tout, nous sommes au festival Lik'Orne !
- Amenez-la-moi qu'on en finisse, et puissiez-vous aller au Diable, tous autant que vous êtes !
- Oh mais...
... Nous en venons, justement ! Bonne préparation, Gilles !
mercredi 12 octobre 2016
Les inquiétantes fantaisies de Tonton Gilles...
Il fallait que je revienne là-bas.
Enfin, "là-bas" est une façon assez inexacte de décrire cet outre-espace où, un jour de novembre 2015, mon esprit a été envoyé à l'occasion d'une curieuse rencontre au détour d'une rue d'Alençon.
Il le fallait, car la Sainte Licorne qui avait eu l'amabilité de communiquer avec moi ce jour-là pouvait être un fameux atout pour l'Hiver qui s'avançait petit à petit à présent.
Je me retrouvai donc, un beau matin, devant la figure de fer la plus mystérieuse d'Alençon et m'apprêtais à la prendre en photo.
Pourtant... Quelque chose n'allait pas. Je le sus à l'instant même où je pris le cliché.
Il ne se passait rien entre Elle et moi. Pire que tout, Elle semblait n'avoir jamais investi cette décoration murale. C'était presque comme si Elle, la Licorne Rose Invisible, n'avait jamais existé.
Angoissé à l'idée qu'Elle fût partie pour de bon de ce plan d'existence, je réitérai mon premier cliché.
Rien.
Mon cerveau tournait à cent à l'heure, essayant de trouver une explication à cet imbroglio. Plus je réfléchissais, plus mon angoisse augmentait, atteignant finalement un paroxysme quand je me rendis compte que le merveilleux venait de quitter Alençon...
Ou bien le merveilleux venait-il simplement de m'abandonner ?
Et si... Et si le merveilleux n'était pas en cause ?, me dis-je. Et si j'avais inventé toute cette fantaisie, tout cet univers de dieux et démons, lutins et sylvestres ?
Et si en réalité je n'étais qu'un de ces doux rêveurs, un de ces êtres qui, basculant tranquillement dans une sorte de folie douce, avait perdu pied avec la réalité ? Mais comment prouver qu'il ne s'agissait que de folie "douce" ? Quel mal avais-je pu faire autour de moi ?
Plus j'y pensais, plus je m'apercevais qu'autour de moi les gens semblaient indifférents à la venue de l'Hiver. Et plus je voyais jusqu'où ma déraison m'avait conduit... Jusqu'à l'inconscience, jusqu'à la féerie, jusqu'à la folie...
J'ignore comment je parvins à rentrer chez moi. Le soleil était déjà couché et pourtant il me semblait n'avoir marché que deux petites heures. Tourmenté par ces révélations qui se firent à moi, je m'apprêtais à entrer dans le hall de mon immeuble quand une bourrasque d'un vent frais m'ébouriffa les cheveux. J'entendis alors une voix à l'intérieur de mon crâne ricaner. Une voix froide et inquiétante, incroyablement satisfaite...
Et si... ?
lundi 16 novembre 2015
Au-delà des palais de la Réalité...
[ndTontonGilles : J'ai hésité à laisser paraître ce billet comme prévu ce 16 Novembre, compte tenu des événements de vendredi dernier. Mais après mûre réflexion, je pense que les circonstances réclament justement de rêver, rêver plus et rêver notamment de bienveillance... En ces jours troublés, revendiquer la bonté, sinon comme une force naturelle, au moins comme le seul espoir d'un avenir heureux... est probablement l'acte politique le plus sage -et le plus subversif- qui soit. Aussi je vous souhaite de bonnes rêveries sur ce blog...]
Les licornes existent. Je leur ai parlé.
C'était un après-midi de Novembre, un de ces après-midi courants à cette période de l'année; brumeux, gris, voire monochromatique.
Nous nous promenions dans la rue Wilson, à Alençon, mon père et moi, en vue de nous rendre à la Librairie du Passage, en centre-ville, commerce bien connu et pour ainsi dire la seule librairie viable des alentours. Soudain, un détail attira notre attention.
Une tête de licorne, encastrée dans le bas d'une façade de maison.
Détail cocasse, voire amusant. Pourtant, quelque chose dans le regard de cette décoration d'un autre âge m'interpelait.
Car en effet, d'où venait-elle ? Autour de nous personne ne semblait la voir, malgré le passage régulier des badauds.
Je crus bon de marmonner quelques paroles sacrées en Quenya, par prudence, mais... rien.
Supposant qu'il n'y avait donc aucun danger, que ceci était juste un de ces détails incongrus dans les vieilles villes, je m'approchai, mis mon reflex préféré sous tension, fis quelques réglages et appuyai sur le déclencheur...
Soudain, j'eus un voile noir et, tandis que ma conscience revenait, je m'égarai hors de la pensée et du temps. Les étoiles tournaient autour de moi, et chaque jour était aussi long qu'une existence sur la Terre. Mais il n'était pas temps pour moi de quitter ce plan hors de la réalité. Je fus projeté devant une présence, une présence en forme de licorne, et cette licorne était invisible, mais sa présence m'apparaissait comme rose.
Elle me fixa de ses yeux roses et invisibles et commença une très longue discussion entre nos deux esprits sur notre monde, ses origines, son Histoire, sa fin prochaine. J'étais à la fois terrifié et émerveillé. Terrifié car je percevais en une fraction de seconde toute la violence, toute la souffrance, toute la colère, toute la cupidité de notre espèce humaine, mais aussi émerveillé, car cette présence invisible de licorne rose me procurait un sentiment de félicité totale, et je sus alors que cette dernière ne nous abandonnerait pas, quoi que nous fassions.
Timidement je tentai d'approcher ma main vers "Elle", mais au moment où mes doigts frôlèrent son invisible crinière, je fus à nouveau empli d'un total voile noir.
Au loin, dans le noir, quelqu'un m'appelait.
J'ouvris les yeux.
Mon père se tenait au-dessus de moi. Il semblait passablement inquiet. Je lui souris... sourire qu'il me rendit.
Je me redressai lentement, un peu engourdi.
Que s'est-il passé, papa ?
Ben, tu as basculé en arrière en prenant une photo et tu as heurté le sol. Ça a fait un bruit terrible.
Tu... tu es sûr que ça va ? Tu as eu de la chance, tu n'es resté assommé que quelques secondes !
Oui... oui, ça va même très bien ! Je suis juste un peu fatigué... Cela te dérange-t-il si on abrège notre promenade ?
Tu ne veux pas qu'on aille aux urgences ? Ce serait plus prudent...
Non... Non. Je sens que rien n'est abîmé, et je n'ai même pas mal au crâne. Le sac de mon appareil aura amorti le choc de ma tête.
...Très bien, rentrons. Mais tu me tiens au courant ce soir si jamais... ?
Ne t'en fais pas, je te tiendrai au courant.
Alors que le soleil de 17h commençait à se coucher, je levai les yeux vers le lointain et murmurai...
Il est sage de voir la vie en rose quand nous ne sommes pas seuls...
Que veux-tu dire par là, Gilles ?
Rien... Rien de rationnel. Tu ne comprendrais pas... Je ne suis moi-même pas sûr de comprendre. C'est...Comme une présence invisible qui serait de couleur rose. Comme quelque chose que nous ne sommes pas faits pour comprendre.
Moi, je dis que tu t'es cogné la tête trop fort...
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