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vendredi 28 octobre 2016

Le quai des brumes...



A travers les chemins brumeux,

En de sombres, sombres lieux,

Commencent de longs voyages

Que seuls arpentent les nuages...




 Pourtant, au-delà de la brume,

Là où repose votre amertume,

Se tient le but de toute une vie,

Celui qui, jadis, vous a été ravi.




Alors, sur ce chemin brumeux,

En allant vers ce sombre lieu,

En débutant cet étrange voyage,

En accompagnant les nuages...


 

Vous accomplirez votre destin,

Disparaissant au petit matin

Alors que le broe vous réclame,

Vous, vos souvenirs et votre âme...

samedi 12 mars 2016

L'Alençon-Express...

Ainsi, madame, vous vous arrêtez vous aussi à Alençon ? Drôle de coïncidence... Vu la foule qui a incontestablement pris d'assaut le quai au Mans, j'aurais juré qu'il ne pouvait plus y avoir que moi à souhaiter m'y arrêter.
Oh, vous exagérez, monsieur... monsieur ?
Appelez-moi Gilles.
Oui, monsieur Gilles. C'est vrai qu'un train à ce point vide est une première pour moi, mais tout de même... Alençon doit certainement être une belle ville ?
Certes... Elle a son charme, dirons-nous. Mais dites-moi, pourquoi vous y rendez-vous ?
Oh mon bon monsieur... Comme beaucoup de gens, je ne sais guère où aller. Alors, pourquoi pas ?
Je vois. Quand est-ce arrivé ?
Il y a de cela deux mois, je crois... Monsieur Gilles, je dois avouer que cela m'a beaucoup perturbée et que je ne m'attendais pas à me retrouver au final dans un tel train. Vous pouvez... Enfin, vous êtes un habitué de la ligne ?
Oui, effectivement, je la prends chaque mois. Cela me repose de changer de paradigme de temps à autre.
Paradigme, paradigme... Vous y allez un peu fort, tout de même, mon cher !
Détrompez-vous. Alençon est un monde à lui seul, d'une certaine manière. Les mêmes personnes s'y côtoient depuis une éternité, en un languissant rituel social. Peu de gens y atterrissent de bon cœur, encore plus rares sont les gens à l'avoir délibérément choisi. Quant aux voyageurs comme moi, ils se comptent sur les doigts d'une main.
À ce propos... Oserais-je vous demander de me présenter les lieux notables de la ville quand nous serons arrivés ? J'avoue ne pas du tout savoir où aller.
Bien sûr, nous autres voyageurs sommes aussi là pour ça.
Vous êtes fort aimable. Mais... Dites-moi : combien de temps devrai-je y rester ? Personne ne m'en a parlé.
...Aussi longtemps qu'il vous faudra pour vous détacher de vos anciennes peurs, je le crains, madame. Faute de quoi, vous risquez d'y recevoir votre récompense... Votre éternelle récompense.
Mais...Mais, je... Comment ? C'est...
Vous ignorez encore grandement les règles de ce monde, n'est-ce pas ? Vous les apprendrez, tôt ou tard. Pour l'instant, nous arrivons à destination. Faites-vous à cette idée. Comportez-vous bien. Ne regardez aucun Maître dans les yeux. Et quoi qu'il arrive, rappelez-vous pourquoi vous avez atterri dans ce train : pour changer.
Je... regrette tellement...P-p-p-ourquoi...
Pourquoi avez-vous tué ? Pourquoi vous êtes-vous faite tuer ? C'est ce que vous êtes venue chercher ici. Des réponses.
Mais...mais... Mais je devrais être morte ! J'ai pris une balle dans la tête à dix mètres ! Je devrais ne même pas avoir conscience de quoi que ce soit ! C'est donc ça, la mort ? Répondez-moi !





N'est pas mort ce qui à jamais dort, et au cours des âges étranges peut mourir même la Mort, madame... Mais il est l'heure de descendre. Nous sommes arrivés.
N'oubliez pas : ne fixez jamais les Maîtres. Il en va de ce qui vous reste de vie. Quant à moi, vous me verrez souvent entre deux plans d'existence. Si nous devons nous reparler après le tour des lieux, ce sera au moment de votre départ.
Ce... ce lieu c'est celui qu'on appelle..?

Oui... Le Purgatoire.

jeudi 24 septembre 2015

La légende du Croquemitaines...

Il y a très longtemps, à une époque si lointaine que même votre grand-père n'était pas né, dans ce beau pays de France, vivaient des monstres terribles.
Affamés insatiables de chair tendre qu'ils assaisonnaient de diverses épices, ces monstres vivaient sous l'Astre Maudit, alors que tous les gentils enfants dormaient.
Régulièrement, notre peuple trouvait ses ouvriers, ses chasseurs, ses femmes, et même ses enfants brûlés au troisième degré. Morts. C'était alors une terrible époque pour nous autres à ce qu'on en dit, mes chers neveux... Car ces monstres vouaient une haine féroce à notre peuple Glog.
Leur haine allait croissant de jour en jour à l'aube du XXIe siècle, jusqu'à incendier des forêts entières où, de réputation, nous nous trouvions. Certains eurent même peur de la simple aubépine qui donna notre nom. Peurs de primitifs à peine civilisés.
Un jour, notre Grand Roi Mihnea Ier eut assez de nos persécutions incessantes et totales.

La guerre démarra.

Il y eut de nombreuses batailles. Et chaque bataille engendrait de nouvelles tristesses, de nouvelles persécutions. Jusqu'au jour où notre héros national, Gabriel Belmont, fit cesser une fois pour toutes cette mascarade. À lui seul, mes enfants... À lui seul, il repoussa les armées d'Europe, toutes liguées contre nous, nous rassembla et nous mena à la victoire.
Nous aurions pu croire que le peuple Franc allait accepter sa reddition, mais il apparut bien vite que, malgré leur défaite cuisante en 2109, aucun d'eux n'allait cesser le combat.
C'est ainsi qu'au cours des siècles suivants, le peuple Franc survécut encore difficilement dans les clairières les plus isolées qu'il avait tenté de brûler jadis et, inlassablement, guerroyait contre notre peuple. Nous leur fîmes une traque constante, cherchant toujours à préserver la paix dans le pays et essayant de négocier avec les plus modérés d'eux. Rien n'y faisait. Au début du XXIVe siècle, il ne restait plus que deux communautés de Francs sur ces terres. Les anciens Wisigoths, Ostrogoths, Latins et Slaves étaient eux aussi en pleine déconfiture. Ces peuples étaient pour ainsi dire finis.
À présent, moi qui vous parle, mes chers neveux, il ne reste plus de Francs sur ces terres...

... Plus aucun, à part celui que l'on nomme "le Croquemitaines". Je sais que vous avez déjà entendu cette histoire. Oh, guère plus qu'un homme sur le déclin diront les sages. Guère une menace.
Mais il est là, quelque part sur les terres des Normands...


On dit que, les quelques jours suivant le premier Septembre, il parcourt encore et toujours les voies de fer que son peuple avait jadis bâties... Et ces jours-là, il ne fait pas bon être assoupi, car quiconque n'aurait pas accroché une branche d'échalote à son cercueil ne verrait pas la prochaine Lune se lever...

Ses pieux sont faits d'os de Glog, sa boisson est une eau maudite par le Père Solaire lui-même, sa nourriture est faite d'animaux brûlés vifs et l'Astre Maudit brille toujours sur son chemin...


Méfiez-vous, mes chers neveux... Méfiez-vous du Croquemitaines...