L'abeille et la poliste
Dame Polistes paressait sur son chardon bleu,
Se repaissant sans modération d'un suc délicieux.
La jeune Abeille en quête de pollen vint à elle,
Se posa sur son domaine et replia ses ailes.
"Dame Polistes, ayez pitié d'une pauvre ouvrière !
Le suc se fait rare et j'ai faim depuis avant-hier !
Concédez-moi une part raisonnable de votre bien,
Par votre dévouement, vous aurez de Dieu le sien !"
"Comment ? Une gueuse me réclame de ce délicat suc ?
Dieu m'en préserve, vous êtes chez mon mari le Duc !
Ouste coquine ! Ou souffrez de rester à jamais au cachot
Loin de vos amies, seule et oubliée, au pain et à l'eau !"
Loin de vos amies, seule et oubliée, au pain et à l'eau !"
Bien jeune était l'Abeille, mais point sotte.
Partit prestement vers une bergamote,
Mais rien ne put y puiser, et, au lendemain,
Les géants roses la trouvèrent morte de faim.
Ainsi en va-t-il des relations entre Puissants et petits,
Les uns usent du pouvoir, les autres s'en trouvent mal lotis.
L'égoïsme est le funeste père de tous les drames.
