Bien qu'ayant glosé à outrance sur l'absurdité et l'attitude quelque peu néocolonialiste derrière la présence de certains bouddhas se retrouvant jusque chez cette mienne mère-grand collectionneuse de bibelots devant l’Éternel (souvenez-vous, c'était il y a peu.), avec également un zeste de mauvaise foi et probablement beaucoup de préjugés de classe au sujet des premiers et plus grands "consommateurs" de bouddhisme et de développement personnel en France, bien qu'ayant apparemment tout dit et peut-être même trop dit du fond de ma pensée à ce sujet, bien qu'après tout il est un droit inaliénable que d'avoir des goûts philosophiques et une vision du monde qui ne soient point en accord avec les miens, bien que je sois persuadé d'être investi de la vérité divine sur l'ensemble des sujets que j'aborde, comme tout français qui se respecte et enfin bien que cette phrase soit beaucoup trop longue... (prenez le temps de respirer un coup, c'est presque fini), il me reste apparemment encore deux ou trois choses à dire sur ces bouddhas et sur cette philosophie bouddhiste qui semblent irrémédiablement conquérir aussi bien le cœur de mes compatriotes que leurs intérieurs, et particulièrement leurs salons.
Car au fond... Que nous dit véritablement un bouddha tel que celui-ci que vous voyez en photo ?
Ce qu'il nous dit, je gagerais, c'est la nécessité de se retrouver soi-même, c'est même le besoin de se retrouver, d'être à nouveau "authentique", mais plus encore...
... C'est de réussir à accomplir ce que tout philosophe depuis Socrate s'acharne à faire, ce qui prouve bien qu'au fond toute philosophie correctement conduite s'accorde avec n'importe quelle autre philosophie sur l'essentiel.
Ce qui se résume en deux mots en grec ancien, et en quatre en français moderne :
Connais-toi toi-même.
Ou pour les hellénistes érudits :
Γνῶθι σεαυτόν (Gnỗthi seautόn).
Car en effet, à quoi invite toute philosophie voire toute religion, sinon à cette ultime conquête intellectuelle, philosophique et spirituelle gravée au fronton du temple de Delphes ?
Quelle autre conquête peut donc être plus noble ? Quel autre combat peut donc être plus difficile et plus acharné ?
Et pourtant...
Pourtant malgré cette recherche acharnée de soi-même, cette lutte incessante de chaque être pour trouver sa vérité personnelle, doit-on toujours se connaître soi-même ? Le peut-on ?
Il existe de très nombreuses façons d'atteindre cette vérité individuelle, cette substance originelle de notre personnalité qui semble nous définir plus encore que tous nos actes d'adulte.
La confession, la méditation, la cure psychanalytique, la maïeutique, le voyage onirique... Tant de concepts, tant de méthodes cherchant une vérité ultime, telles des pratiques d'accoucheurs d'esprits.
Mais souhaitons-nous réellement nous connaître nous-mêmes ?
Souhaitons-nous réellement embrasser ce qui fait parfois l'horreur de la condition humaine, l'horreur de la pensée humaine ? Souhaitons-nous véritablement embrasser du regard nos lâchetés et nos indignités, nos peurs et nos préjugés, nos vices et nos folies ?
Cela, les guides autoproclamés qui nous accompagnent sur le chemin obscur de la connaissance de soi-même l'ont bien compris... Sinon, pourquoi le but présenté paraît-il toujours si luisant, si brillant, si étincelant, si lumineux et si pur ?
Mais pourrions-nous seulement soutenir le regard du monstre tapis en nous ?
Pourrions-nous regarder en face nos plus secrets démons ?
Pourrions-nous supporter le regard accusateur de nos souvenirs ?
Pourrions-nous ne serait-ce qu'accepter notre simple animalité ?
Pourrions-nous contempler la Mort en nous qui, chaque jour, s'avance un peu plus ?
Avons-nous réellement envie de nous connaître nous-mêmes ?
... Ou souhaitons-nous simplement vivre heureux en attendant la mort ?
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dimanche 20 septembre 2015
mardi 1 septembre 2015
Le bouddha de mère-grand...
"Tu veux le journal, mon chéri ? Il est sur la table !", ainsi m'apostrophait ma grand-mère depuis sa cuisine tandis que je répandais mon regard dans les coins et recoins de son salon, tel un magma particulièrement visqueux, s'accrochant et coulant le long du moindre des bibelots qui chargeaient la pièce. Il faut dire que ma grand-mère aime les bibelots de toutes sortes. Elle en a même une vitrine complète, majoritairement composée de hiboux et autres chouettes.
Au-dessus de ladite vitrine trônait un autre bibelot, parmi les plus anciens que je lui connaisse; un bouddha doré et cuivré..
Ce bouddha, plus que tout autre bibelot du lieu, est un des symboles que j'associe le plus à ma grand-mère. Parce qu'il est chatoyant et luisant, il attirait mon œil dès le plus jeune âge et je n'ai pas souvenir de cette salle sans ce bouddha cuivré.
Par ailleurs, son apparence exotique correspond tout à fait à ma grand-mère qui, même il y a encore dix ans se permettait des vacances aux quatre coins du monde, afin d'admirer les nombreuses, fragiles et malheureusement parfois maintenant disparues merveilles artistiques que les peuples du monde ont dressé pour la postérité.
Il est amusant de constater que, du fait de mon attachement pour la propriétaire des lieux et néanmoins membre importante de ma famille, j'ai toujours associé ce bouddha en tailleur à une certaine sérénité et satisfaction -ce qu'il est d'ailleurs censé représenter- alors que le bouddhisme est une de ces religions qui ont tendance à me donner de l'urticaire.
Non pas que le bouddhisme ait donné naissance à plus d'aberrations philosophiques que les autres théories philosophiques, mais la simple mode en Europe des préceptes bouddhistes comme façons d'atteindre le bien-être me donne par moments de la tension.
Cette mode me fait penser au film Wasabi, dans lequel une jeune japonaise au cœur de l'intrigue porte un magnifique pull-over en laine arborant des lettres latines, comme d'autres vêtements en France porteraient des kanjis. Ironiquement c'est ce goût pour l'exotisme et la croyance dans la sagesse des vieux maîtres de contrées "lointaines et moins corrompues par le rapport à l'argent" que je soupçonne d'être à l'origine de cette passion bouddhiste chez tant d'occidentaux en mal de cours de philosophie.
Non pas qu'on ne puisse trouver des choses pertinentes chez les penseurs orientaux, voire même y puiser des concepts utiles pour sa vie personnelle, mais je doute qu'il y ait tellement d'occidentaux élevés à l'occidentale qui soient en mesure de percevoir le bouddhisme comme un chinois, un tibétain ou un japonais. Je parle là d'une vision exotique d'une religion qui demande un peu plus de réflexion que ces résumés qu'on peut trouver dans des livres et magazines de développement personnel.
Plus encore, et alors que ma grand-mère m'appelait pour me faire venir à table, je me demandais dans quelle mesure un bouddhiste de Chine ou du Vietnam accepterait qu'on use d'un bouddha, objet religieux par excellence, comme d'une simple décoration dépouillée de tout son lustre mystique.
De la même manière, j'imagine que peu de chrétiens comprendraient qu'on utilise un crucifix comme on pourrait utiliser un faux Brueghel en canevas ou qu'on le présente à ses invités comme "un souvenir d'Europe". J'avoue que, face à un tel comportement, j'ai par moments l'impression que nos vieux comportements de "colonisateurs blancs détenteurs du progrès" (avec tous les aspects négatifs que cela comporte) ne sont pas totalement effacés.
Mais l'espace de quelques seconde, j'imaginais un Jésus crucifié bronze et or au milieu de représentations miniatures kitsches du saint Chrême et autres vierges maries de bazars... Et je me mis à sourire...
Malgré ce que sous-tendent ces réflexions, comme le colonialisme intellectuel et l'exotisme, je me pris à rêver qu'un jour finalement il y ait effectivement des crucifix décoratifs flirtant -pourquoi pas- avec un certain kitsch dans les maisons de vieilles dames japonaises voire même -gare au blasphème- des Ka'aba-souvenirs dans les marchés de Shangaï...
Ne serait-ce que par un goût immodéré pour l'absurde, j'en trouverais l'idée presque poétique.
Cela existe-t-il ?
C'est tout à fait possible. On n'arrête pas les marchands de souvenirs.
Au-dessus de ladite vitrine trônait un autre bibelot, parmi les plus anciens que je lui connaisse; un bouddha doré et cuivré..
Ce bouddha, plus que tout autre bibelot du lieu, est un des symboles que j'associe le plus à ma grand-mère. Parce qu'il est chatoyant et luisant, il attirait mon œil dès le plus jeune âge et je n'ai pas souvenir de cette salle sans ce bouddha cuivré.
Par ailleurs, son apparence exotique correspond tout à fait à ma grand-mère qui, même il y a encore dix ans se permettait des vacances aux quatre coins du monde, afin d'admirer les nombreuses, fragiles et malheureusement parfois maintenant disparues merveilles artistiques que les peuples du monde ont dressé pour la postérité.
Il est amusant de constater que, du fait de mon attachement pour la propriétaire des lieux et néanmoins membre importante de ma famille, j'ai toujours associé ce bouddha en tailleur à une certaine sérénité et satisfaction -ce qu'il est d'ailleurs censé représenter- alors que le bouddhisme est une de ces religions qui ont tendance à me donner de l'urticaire.
Non pas que le bouddhisme ait donné naissance à plus d'aberrations philosophiques que les autres théories philosophiques, mais la simple mode en Europe des préceptes bouddhistes comme façons d'atteindre le bien-être me donne par moments de la tension.
Cette mode me fait penser au film Wasabi, dans lequel une jeune japonaise au cœur de l'intrigue porte un magnifique pull-over en laine arborant des lettres latines, comme d'autres vêtements en France porteraient des kanjis. Ironiquement c'est ce goût pour l'exotisme et la croyance dans la sagesse des vieux maîtres de contrées "lointaines et moins corrompues par le rapport à l'argent" que je soupçonne d'être à l'origine de cette passion bouddhiste chez tant d'occidentaux en mal de cours de philosophie.
Non pas qu'on ne puisse trouver des choses pertinentes chez les penseurs orientaux, voire même y puiser des concepts utiles pour sa vie personnelle, mais je doute qu'il y ait tellement d'occidentaux élevés à l'occidentale qui soient en mesure de percevoir le bouddhisme comme un chinois, un tibétain ou un japonais. Je parle là d'une vision exotique d'une religion qui demande un peu plus de réflexion que ces résumés qu'on peut trouver dans des livres et magazines de développement personnel.
Plus encore, et alors que ma grand-mère m'appelait pour me faire venir à table, je me demandais dans quelle mesure un bouddhiste de Chine ou du Vietnam accepterait qu'on use d'un bouddha, objet religieux par excellence, comme d'une simple décoration dépouillée de tout son lustre mystique.
De la même manière, j'imagine que peu de chrétiens comprendraient qu'on utilise un crucifix comme on pourrait utiliser un faux Brueghel en canevas ou qu'on le présente à ses invités comme "un souvenir d'Europe". J'avoue que, face à un tel comportement, j'ai par moments l'impression que nos vieux comportements de "colonisateurs blancs détenteurs du progrès" (avec tous les aspects négatifs que cela comporte) ne sont pas totalement effacés.
Mais l'espace de quelques seconde, j'imaginais un Jésus crucifié bronze et or au milieu de représentations miniatures kitsches du saint Chrême et autres vierges maries de bazars... Et je me mis à sourire...
Malgré ce que sous-tendent ces réflexions, comme le colonialisme intellectuel et l'exotisme, je me pris à rêver qu'un jour finalement il y ait effectivement des crucifix décoratifs flirtant -pourquoi pas- avec un certain kitsch dans les maisons de vieilles dames japonaises voire même -gare au blasphème- des Ka'aba-souvenirs dans les marchés de Shangaï...
Ne serait-ce que par un goût immodéré pour l'absurde, j'en trouverais l'idée presque poétique.
Cela existe-t-il ?
C'est tout à fait possible. On n'arrête pas les marchands de souvenirs.
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